lundi, 13 octobre 2008
Breizh cons...
09:43 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, parodie, trash, pub
jeudi, 01 mars 2007
"Editions Danger Public" à mettre entre toutes les mains.
Lecteur référent depuis peu pour cette maison d'édition (excusez du peu) à la politique éditoriale politiquement claire et ouverte au débat, j'en profite pour faire leur pub. Cliquez sur la bannière pour visiter leur blog.
Danger Public est une maison d’édition française créée en 2002 par Philippe Moreau (journaliste né en 1973). A l’origine, elle avait pour objectif de publier des textes sur deux supports : le papier et l’Internet. Le nom « Danger Public » est d’ailleurs une référence à une phrase de Françoise Giroud publiée dans les colonnes du Nouvel Observateur : « L'internet est un danger public puisque ouvert à n'importe qui pour dire n'importe quoi ».
Source: wikipédia
Etant un peu n'importe qui et professant n'importe quoi, je tâcherai prochainement de livrer quelques notes de lecture concernant leurs dernières publications. surtout l'excellent
13:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éditions, aler-mondialisme, danger public, lozes, zebda, sarkozy, débat
mercredi, 28 février 2007
"La raison du plus faible" en temps d'élection.
Quel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.
Les mots des candidats ça pèse que dalle face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève les yeux : Rien ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais ça pue toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros, y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine. Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.
Le DVD sort le 8 mars si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.
16:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : précarité, Belvaux, cinéma, Régnier, misère, roman noir, présidentielle
mercredi, 21 février 2007
Mentir. Télévendre.
Cet après-midi vers 16 heures je me suis levé de ma chaise. Un vent froid a traversé mon petit espace confiné trouant la moiteur agité de la ruche. Ca faisait bien 10 minutes que j'observais mon écran sans esquisser le moindre geste, un bourdonnement incessant dans l'oreille, un mal de crâne montant de très loin, pas seul non, mêlé à de l'écoeurement aussi. Un trop plein, plus qu'un bourdonnement c'était proprement aussi asphyxiant qu'un claquement de milliers d'ailes de chauve-souris dans une salle blindée de néons. Mal de crâne et bourdonnements, 40 Dominique Lepage, assis devant leurs écrans, casques sur les oreilles tous comme un seul homme poursuivaient leur harcèlement téléphonique : "Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour...".
Avant mon départ je n'avais passé que 60 malheureux coup de fils, pris 6 rendez-vous, une broutille pour tout dire. Moi Dominique Lepage parmi les Dominique Lepage puisque la règle veut qu'on commence toute conversation par un mensonge : un faux nom identique pour chacun, avec un prénom mixte pour éviter les méprises.
Les compagnies d'assurance explorent chaque jour de nouveaux Eldorados. Elles sont les rois du pétrole, dans une société où la peur dicte une majorité des démarches du consommateur, elles offrent des garanties fiscales, sécuritaires, parce que le monde est plein de voleurs, d'imprévus, de fâcheux prêts à vous faire un procès pour un oui pour un non. Un avenir fragilisé c'est la garantie de nouveau "prospect". Et par ailleurs elles ont maintenant développé leur volet banque, retraite par capitalisation. Les compagnies d'assurance indiquent la voix, elles anticipent sur notre futur proche et pour baliser le terrain elles recrutent via des prestataire des télévendeurs, niveau bac + 2 nécessaire, à 1000 euros par mois, du bétail mal payé, formé gratuitement au marketing direct et lâché dans la mêlée.
J'étais curieux d'essayer ce job de plus et puis c'était la seule opportunité du moment. Je trimballais mon "Droit à la paresse" de Lafarge dans la poche revolver, un Charlie Hebdo sur le tableau de bord de ma caisse aussi, histoire d'afficher ma ferme hostilité à l'agitation de cette antichambre néo libérale. Après avoir passé les barrages : entretien téléphonique, formation non rémunérée s'apparentant à du bourrage de crâne façon Programmation Neuro-Linguistique. J'ai tenu bon, 2 jours seulement. Et puis un éclair de génie : je ne peux pas faire ça, je boufferai des nouilles le temps qu'il faudra mais non, les gens ne méritent pas que leur téléphone devienne un bouche ouverte sur un puit de bizness. La pub s'insinue partout mais de là à participer à la grande messe de l'hypocrisie ...
"Faites sauter les freins psychologiques du client et les votres !" Le terme de frein psychologique désigne tout ce qui pourrait mettre des bâtons dans les roues à l'optique de vente. Un frein c'est votre éthique, votre morale. Pourquoi vendre à un chômeur qui n'a pas d'argent ? Là vous avez un frein, vous vous identifiez, grosse erreur. J'ai d'ailleurs vu quelques collègues s'épancher en remerciements baveux : cette formation express les avait révélé à eux mêmes : "mince je n'avais pas conscience de mon surmoi, vivement que je fasse sauter les freins pour aller vers le zéro scrupule !" Manière lavage de cerveau et secte stressos : chasser aussi "notre tendance socialisante" c.a.d notre part d'humanité. On débiterait mécaniquement comme des perroquets pour coincer le prospect, l'amener dans l'entonnoir quoi qu'il fasse. Contraint et coincé par la nécessité de faire du chiffre.
Ce genre de métier tourne autour d'un vocabulaire, d'un jargon, développé par des psychologues de l'école américaine qui pour aller vite cherche à manipuler le client comme Pavlof stimulait son chien. D'une part on ne prend pas le client pour un lapin de 6 semaines, non ces gens là ont des émotions. Toujours respecter le gibier sinon il vous sent arriver. En plus de venir déranger les clients chez eux il restait ensuite à les traquer comme on coince une poule au fond d'un poulailler, c'est la technique de l'entonnoir. Ami fragile, timide, fatigué de répondre au téléphone sache que l'entonnoir est ton second chez toi. Sitôt développé l'argumentaire de vente et les plus produit le sourire téléphone viendra te cueillir toi le pigeon qui n'aime rien temps "qu'on te parle de toi" . On ira jusqu'à reprendre tes mots, traquer le SONCAS pour Securité Orgueil Nouveauté Confort Argent Sympathie car avec le PPISS rien n'est impossible.
POLITESSE . La prise de contact est un papier cadeau.
PRESENTATION Amusez-vous !
IDENTIFICATION Je comprends
SYMPATHIE
SOURIRE
au préalable on aura banni de son vocabulaire tous les mots noirs : "ne pas , petit, problème, ne vous inquiétez pas, non, souci"
En réfléchissant il s'agit bien de parler à moitié, d'éviter les malentendus alors que le langage même se base sur l'incompréhension et sur la nécessité de négocier en société pour se comprendre. Non il n'est pas question de négocier mais de vendre, si vous laissez le choix, le client dira non. Donc si on résume des chômeurs n'ont pas le choix : ils acceptent un sale boulot faute de mieux, les particuliers n'ont pas le choix ils décrochent leur téléphone, les actionnaires des compagnies d'assurance n'ont pas le choix : il doivent engranger des dividendes pour... pour quoi déjà ? Ah oui pour se préserver dans un monde de moins en moins sûr. Et ainsi de suite... Les candidats à la présidentielle ont remis la valeur travail au milieu de leur préoccupation. Mais de quel travail s'agit-il au juste ?
Accepter : "je comprends"
Creuser : "qu'est-ce qui vous retient ?"
Isoler : "c'est bien la seule chose qui vous gêne"
Eclairer : " alors je vous rassure ... c'est sans engagement"
Relancer : "alors que préférez-vous ? En début ou en fin de semaine ?"
Désormais vous êtes cernés. Ne répondez plus au téléphone !
Prochainement EL Fernando blanchisseur.
Musique : Cold Wind/Arcade Fire
16:45 Publié dans débat | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : assurances, précarité, emplois, télévente, marketing, chomage
lundi, 23 octobre 2006
Les Straub, Bouna et Zyed un an plus tard, des images d'aujourd'hui.
Je me souviens de cette émission : "le cercle de minuit" présenté à l'époque par Laure Adler, c'était il y 7 ou 8 ans et Paul Virillo, Enki Bilal, JM Straub et Danièle Huillet débataient du pouvoir des images. Les Straub surtout m'avaient impressionné, au sens où leur paroles, leurs présences m'avaient paru emprunt d'une indéfectible vérité, images liées aux actes et à la parole pleinement militante. Il était question de modernité et de la portée des images, du contrôle par et sur les images...
Laure Adler : qui contrôle ?
Paul Virilio : la peur. La peur d'être pauvre, d'être perdu, vaincu. La peur est la grande maîtresse du monde.
Danièle Huillet : la guerre civile en Yougoslavie...
Laure Adler : l'image devient un valet de notre peur collective ?
Paul Virilio : on a hérité d'une image qui est sortie de la dissuasion, d'une époque de la terreur, et même d'équilibre de la terreur, et il va falloir débarbouiller cette technique de tout cet impérialisme de la dissuasion, de ce résultat du complexe militaro-industriel. Écoutez Deleuze ! On va vers des sociétés de contrôle !
Jean-Marie Straub : je suis tout à fait d'accord, c'est très beau tout ce que vous venez de dire là, c'est la première fois qu'il y a des choses claires et sensées depuis qu'on est ensemble. Cet impérialisme-là, il vient d'où ? Comment va-t'on se débarrasser de l'impérialisme ? On va laisser Silicon Valley fleurir ? On est complètement colonisé !
Paul Virilio : on va continuer à faire ce qu'on fait, des dessins, des livres et des films.
Vous retrouverez d'ailleurs une retranscription de cette entretien içi.
et toute une série de liens autour de leurs oeuvres. Quelques semaines plus tard je les avais croisé dans le métro. Ils étaient debout et en pleine discussion et je n'avais osé les interrompre pour sortir une banalité d'aficionado. Depuis ils ont fait des films, ils ont continué. Danièle Huillet vient de mourir, et c'est l'occasion pour pas mal de monde de redécouvrir ces cinéastes, au sens exact du terme, pas des faiseurs d'image, non, mais de véritables porteurs de sens. Plusieurs articles d'Olivier SEGURET dans Libération détaille la portée de leur dernier film. et leur rapport au professionnel de la profession. et d'autre choses... Pour ceux qui ne savent pas qui sont Jean-Marie Straub et Danièle Huillet il faut souligner combien depuis leurs débuts ils sont dans leur temps. Ce petit film sur le site de pierregrise.com vous le prouvera. Puisqu'il parait que c'est l'anniversaire des émeutes...
CINETRACT. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, trois jeunes garçons affolés, poursuivis par la police, se réfugient dans le périmètre interdit d’un transformateur électrique. Deux vont mourir, brûlés vifs, Bouna et Zyed. Si vous en pleurez encore...
13:55 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Straub, Huillet, clichy-sous-bois, résistance, bouna, zyed, cinéma
Lueur dans l'obscurité. "Kekexili" et "Les fils de l'homme"
Tel est le personnage joué par Clive Owen dans le dernier film d'Alfonso Cuaron : "Les fils de l'homme." Choqué par l'ampleur du chaos qui l'entoure, par la complexité des choses il ne s'implique plus, persuadé que sa contribution ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de chaos. Il faudra plusieurs chocs pour qu'enfin il se revéille et s'invente un destin. C'est actuel, non seulement parce qu'on y brasse de la matière future à court terme, le héros pourrait être né en l'an 2000. En 2027 sur une planète promise au chaos puisque les femmes ne peuvent plus donner la vie il est question de quelques plans séquences pour mettre en perspective le destin d'une personne avec un but, une mission au milieu du chaos et de la violence . Ce serait pour ainsi dire un reportage en pleine débâcle, en pleine effusion instinctive. Un concentré de ce que sont toutes les guerres civiles. Le film très abouti visuellement nous présente un futur justement réaliste, un futur qui d'une certaine façon ne serait qu'une agravation de nos maux actuels : destruction écologique, fanatisme, terrorisme, obsession de la sécurité et du contrôle. Quand "1984" en son temps nous renvoyait l'image de nos sociétés d'information sous contrôle, contrôle de la pensée avant tout. "Les fils de l'homme" nous renvoit l'image dune humanité gémissante, constatant sa perte de repère, perdue et fonçant dans le mur le plus vite possible comme s'il lui tardait d'en finir. le personnage joué par Michael caine est comme une balise rassurante au milieu du chaos de cette Angleterre faciste. Vieux baba, réfugié au fond de sa forêt, accroché à ses vieux principes, à sa musique, à ses joints... Ce film anticipe brillament sur ce qui arrivera si la dérive se poursuit, mais malgré le chaos il porte un message d'espoir. "Kekexili, la patrouille sauvage" est un choc. Inspiré de faits réels il y est question de la lutte entre les braconniers d'Antilope tibétaine dont les agissements menacent cette espèce de disparition et une poignée de patrouilleurs, guidé par un chef jusqu'auboutiste entre 1993 et 1996. Contrairement à ce que nous vend la bande-annonce américaine il n'est pas question d'un peuple qui se révolte dans des paysages splendides pour la survie de sa culture. Non, le propos est bien plus complexe et donc réaliste. Pas de Tibet de carte postale. La scène d'ouverture résume le film. On abat les antilopes et les hommes avec le même sang froid, leurs vies ont la même valeur. c'est comme-çi la nature tranchait quoi qu'il arrive. La valeur de la vie dans cette région est toute ralative, il n'y a pas à en discuter. La nature fait son oeuvre, on dépèce les cadavres pour les vautours, que la chair alors retourne à son cycle. Ce qu'il y a de commun avec "les fils de l'homme" c'est l'atmosphère de tension, l'état de guerre permanent, l'abscence de paix possible sans sacrifices. Dans Kekexili un journaliste qui permettra à l'histoire d'émerger suit la patrouille, oeil extérieur il n'intervient pas. C'est le point de vue objectif de l'innocence que porte le nouveau-né dans "Les fils de l'homme". Mais à trop faire des parallèles on ne dit rien de vraiment essentiel, le seul intérêt au fond dans la confrontation de ces deux oeuvres c'est l'idée qu'elles portent de l'espoir, au milieu du chaos, de l'injustice, peu gardent des repères, mais tout se passe comme si l'intégrité de quelques uns étaient le gage d'un avenir meilleur. Très Christique comme morale, mais c'est là qu'est la modernité de jésus, il avait peut-être saisi un peu du sens de l'Histoire de l'humanité, elle n'avance qu'au prix de sacrifices et de mise en danger pour lentement, péniblement ouvrir les yeux.
mardi, 19 septembre 2006
le retour de l'outsider
Ca réchauffe le coeur de constater que malgré cette éclipse de 4 mois, la petite boutique continue de tourner, toujours des visites, la foule presque ! Et le blog survit grâce à quelques égarés analphabètes, quelques amis que je salue, et pas mal de curieux. C'est bon pour l'égo d'El fernando mais la statistique, le flicage permanent de vos visites pour tout dire jette le trouble. Qui sont-ils ceux qui sont venus, revenus, que voulaient-ils ? Que cherchaient-ils ? Et là terrible réponse. Les moteurs de recherche orientent visiblement l'esprit humain d'une manière inédite, en effet sans coup férir, certains pris d'une envie soudaine, d'une pulsion s'empare du clavier pour déverser l'approximatif, se perdre dans le flot, surfer dans le bouillon. Qui par exemple irait taper sur google : exemple de lettre pour la pose d'accessoires dans un immeuble; film jeunes filles violee par bigfoot; blog allongement le bout des seins;blog albanaise;façade en parpin que mettre dessus;quels fléaux guettent le 21ème siècle;ecran veuille chute d'eau et cascade gratuit;exhibition sur autoroute; Et ces phrases les ont conduit chez moi ? (je dis chez moi, bien qu'avec pas mal de lucidité je sois conscient que ces pages ne sont pas ma maison) enfin certains prennent ce site pour un Quid compilant bricolage, perversion sado-maso, prophéties de galerie marchande. C'est beau internet ma parole, on y trouve toutes les illustrations de l'âme humaine, et souvent ça sent l'ennui de l'internaute qui se demande s'il a vraiment quelque chose à chercher. Il faut se les représenter ces milliers décrans allumés, ces milliards de neurones qui crépitent dans tous les sens. La sur-individualisation qu'on pourrait appeler ça si on voulait. Heureusement il y a meetic pour les recherches ciblés... pour ceux qui ont de la suite dans les idées... le 21eme siècle est un siècle de spécialistes, compétents dans un domaine, compartimentant tout, avec des cases, des segments, des préférences nationales et de couleurs, la spécialité c'est la mort de l'imagination... Merci aux autres... et vive le dilettantisme
13:44 Publié dans humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : edito, google
H 5 N 1
13:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, vidéo, film court, trash, comique, bretagne, arts martiaux.
Le chinois est-il mon frère ?
13:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, comique, bretagne, cinéma
la saga débute
13:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, comique, bretagne, cinéma
vendredi, 21 avril 2006
"On ne naît qu'une fois, on ne meurt qu'une fois, y se passe rien d'autre"
El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ... 13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".
Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un yoyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir dans les quelques salles restantes.
12:17 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 05 avril 2006
Prophétie de clochardisation
Oussama, plombier volontaire dans les brigades internationales rejoint l'équipe de Mandjaro pour y pondre des éditos à sa sauce. Parutions irrégulières et bonne foi approximative. Bienvenue à lui !
brave patrie.com
A t'on encore l'inconscience visionnaire de nos vingt ans et demi ? Quand certaines menaces aujourd'hui posent déjà l'avenir fâcheux que l'on craint, ingéré, intégré, presque génétiquement inscrit dans les crânes de nos contemporains, nous continuons de douter au moins, de nous aiguiser le sens critique. Devrait-on parler de sarkozy ? Il me semble que nous devrons le supporter bientôt plus sûrement qu'aujourd'hui. Doit-on réutiliser des qualificatifs tel que vichyiste, faciste ? Quelle pudeur nous empêcherait de les remettre en lumière ? Sarkozy devient l'emblême de cette nouvelle existence du facisme "post-moderne". Les outils ne sont plus ceux de l'ère industrielle. Mais le projet faciste - si tant est qu'il s'agisse d'un projet et non d'une pathologie - est contemporain du cinéma, de l'usine, de la prison, de l'informatique et des nano-bio-technologies. Il suffit de faire à la Prévert une énumération pour avoir cet éclairage inquiétant, expressionniste que l'on se refuse à raisonner. Du plus visible au plus obscure nous nous rendons compte que les mots mènent aux actes.
* Sarkozy ne parle pas des gens, il parle de " nettoyer au karcher".
* De Villepin ne parle pas de supprimer le service public, mais de transférer du fonctionnaire "de là où ils pullulent à là où ils manquent". Où manquent -ils ? Nous ne sommes guère surpris d'apprendre que la police, la justice et l'armée manquent de bras...
* Une commission parlementaire (!!!) pond un rapport d'une indigence hallucinante baptisé Rapport Bénisti. Mais ce n'est pas une hallucination collective... "Dresser Redresser Evaluer", voilà le programme. cette émanation du Groupe d'Etudes Parlementaire sur la Sécurité Intérieure (GEPSI) se pose comme base scientifique pour un travail politique d'identification et de prévention de la délinquance. Les critères sont exclusivement extérieurs, superficiels, c'est à dire des critères imaginaires - de l'image, du son, des sens. C'est particulièrement indécent. Le "Monde libertaire" s'en fait l'écho d'ailleurs, avec la véhémence qui le caractérise. Mais une revue comme Vacarme publie les notes de lecture d'Ariane Chottin-Burger sous le titre : " On n'en croit pas ses yeux"... Elle dit : " La délinquance posée à la fois comme objet et comme destin est là pour légitimer les actions des "intervenants". Elle fonde l'autorité de l'alliance du répressif et du thérapeutique, forme moderne de contrôle de notre civilisation." Bref, le rapport évalue la déviance et désigne son origine : la "difficulté de la langue". "Seuls les parents et en particulier la mère (!) ont un contact avec leurs enfants. Si ces dernières sont d'origine étrangère (!!!) elles devront s'obliger à parler le français dans leur foyer pour s'exprimer. Et si le père réticent continue d'exiger de parler le pâtois du pays (!!!) il faudra dissuader ces mères de le faire. Interdit de parler breton et de cracher par terre...
La délinquance est jeunesse d'origine étrangère. C'est là la pierre d'angle, le noeud de notre histoire. Il se trouve que cette fois, les actes précèdent les mots. Les "étrangers" sont les cobayes de cette "nouvelle" politique. Les "clandestins"... Petit à petit, ces politiques informulées d'exclusion violente, de rejet, d'enfermement, d'aliénation trouvent des voies de justification fondées sur des montages discursifs d'aspect scientifique. Le sort de ces clandestins m'intéresse particulièrement, outre mon affection quasi pathologique pour ces frères et soeurs, pour cette figure extrême de l'autre, outre cette insulte faite à l'altruisme qui nourrit notre civilité, j'y vois les prémisses du sort qui attend tous ceux que la norme dégoute ou rejette. Il faut voir le travail photographique de Sarah Caron, et lire celui d'Anne de Loisy journaliste qui a recueilli les témoignages des victimes dans la zone d'attente de Roissy. Il faut surtout lire les décrets et les projets de lois à la lumière de ces actes et ces situations. Ces travaux illustrent ce qui attend chaque réprouvé, chaque pauvre, chaque bouc-émissaire, chaque contestataire. Les camps, les prisons, les asiles sont les nouveaux (re-nouveaux) lieux de la condition des masses, remplaçant les anciens sites de production de masse, pour la masse, par la masse. Les conditions de cette "masse populaire" prolétarienne, divisée au possible par le communautarisme, la division du travail, (cette fois-ci pour des raisons de changement de nature du travail) et le corporatisme. Finies les grosses unités de production, les identifications de classe, la lisibilité des intérêts généraux !
Le problème de l'immigration se règle donc en Europe à coup de camps, de peines, de brutalités et d'expulsions. Le problème du chômage se règlera ainsi : des camps, des bagnes, des brutalités. Et pour commencer Villepin prépare le terrain : " Je gouverne par décret" primo. Puis le 8 juin dernier annonce des "sanctions effectives en cas de refus successif d'offres d'emploi". Ceci signifie évidemment la suppression des allocations chômage. L'argent, le nerf de la guerre. Sans argent, grosso modo, un destin se résume à la "clochardisation". les clochards ne votent pas. Ils ne s'organisent pas. Mieux ils se battent entre eux et sont viscéralement écoeurant pour qui tient le haut où le milieu du pavé. Survivre est leur préoccupation principale. Et sans statut, sans protection, sans papiers, le chômeur transformé en clochard est à peu près certains de connaître les joies de l'aventure des "clandos". Avant d'être clochard engagez-vous dans la police ! Dans l'armée ! Et si vous êtes jeunes encore les meilleurs choix seront HEC, l'ENA et la fac de droit ! Et puis si vous êtes déjà trop vieux, trop con et donc fainéant (génération post 68 arde ! ) c'est que vous avez loupé le train, has been, à la remorque de la vieille France droguée à l'herbe et aux protections sociales. Faites des filles et mettez les sur le trottoir - les bidasses et les cadres dopés, surmenés, rasés de frais auront besoin de décompresser un peu de cette lourde tâche sisyphéennes qu'est l'éternel sauvetage de la France. Etre né sous le signe de l'hexagone... Du nettoyage au Karsher à la fiabilisation des listes de demandeurs d'emploi, à la précarité officialisée pour les jeunes ( minoritaires dans un pays de vieux). Je ne vois plus où est l'homme, l'existence, l'intérêt d'une vie là-dedans mais la question est idiote, tout juste bonne à animer une heure de garderie philosophicoïde de facultatisme du ghetto de Finfon-de France-sur-Chômedu-la-Pâpe. les gens sérieux s'occupent de sauver le pays des eaux de la débacle des glaciers en cherchant la fortune par le moyen le plus sûr. le pillage et l'esclavage. J'exagère bien sûr ! Trop noir ! Dépressif ! Drogué ! Défaitiste ! 
Que chantait pépé ? Le temps des cerises. Et grand pépé ? -- Aux Armes Citoyens !!!! Allez au lit, demain il faudra enrichir le patron.
14:44 Publié dans Oussama se pose là | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 04 avril 2006
Marthe et les barbus (Suite et Fin). Extrait 6
Résumé : Où Nicklaus poursuit l’exploration de son côté obscur. Fermement décidé à venger son honneur il s'est emparé de Spinetti qui, bien que ficelé comme un saucisson de montagne ne semble guère homme à s'en laisser compter. Qui aura le dernier mot?
Fin des mondanités, Marthe est là, à un mètre à peine, elle a cédé à la curiosité. Sans affolement son regard rebondit de la momie au coffre, du coffre à la momie recroquevillée à terre, avant de s’immobiliser braqué sur mon visage.
- Qu’est-ce que vous faites ?
La question est anodine, mais j’y lis tout le désarroi à venir
- Je me suis dis qu’un petit dîner d’amoureux ça faisait pauvre, j’ai dû insister pour que ce con là accepte l’invitation. Tu ne me reconnais pas ?
- Vous êtes qui ?
La perruque a glissé sur un côté du crâne. J’offre à Marthe mon plus beau sourire.
- Ce n’est pas toi, dis-moi que ça n’est pas toi !
J’exhibe le couteau, habilement l’instrument de la sentence glisse d’une main sur l’autre , la petite loupiote du coffre se reflète en une délicate lueur argentée sur la lame en mouvement. Marthe est immobile.
- Tu as raison, ça n’est pas moi, pas tout à fait moi, Disons que c’est une sorte de moi qui se serait affranchi de ses faiblesses, mon côté rasta psychopathe qui prend le taureau par les cornes tu comprends ?
Visiblement elle s’y refuse. A terre Spinetti qui meurt d’envie de participer à cette conversation s’agite en tous sens. Marthe comme je m’y attendais, ne semble pas paniquer.
- Tu comptes faire quoi exactement avec ce déguisement débile et ton couteau de cuisine ?
- T’impressionner
- Si tu crois que je vais te suivre ! Pauvre malade !
- Si tu ne me suis pas je surine ton chevalier servant. C’est une soirée particulière ma douce, tu devrais être plus attentive et m’écouter. Ici c’est moi qui donne les ordres !
Marthe s’est accroupie auprès de son amant momifié. Elle tarde à prendre la mesure de la situation. D’un geste plein de sollicitude la voilà qui approche la main du pauvre visage bouffi.
- Mon dieu quelle honte ! Didier vous m’entendez ?
- La honte n’est plus au rayon de mes priorités. Tu voulais que je m’endurcisse, c’est réussi. Ne le touche pas ! Elle continue, tripotant maintenant les liens
- Marthe relève toi tout de suite où tu vas finir comme lui ! Ma dernière menace a dû lui paraître crédible, elle se redresse.
- Qu’est-ce que tu comptes faire au juste ? Il a du mal à respirer.
- Je ne suis pas venu ici pour faire des phrases , ce que je vais faire tu le sauras bien assez tôt.
Marthe a reculé d’un bon mètre, son visage perd de sa dureté, passe par une multitude d’expressions contradictoires. Si c’était pour de bon, si Nicklaus ne jouait plus…
- Passe devant, si tu tentes de fuir où s’il te prend l’envie de gueuler, je saigne Spinetti comme un porc !
- T’as complètement pété les plombs !
- C’est à force de fréquenter ta famille j’ai pris le pli.
L’ascension de Spinetti fut pathétique. Marthe s’efforçait tant bien que mal de le soutenir. Je les suivais à bonne distance, contrôlant les alentours, m’avisant de la tranquillité des lieux. Et Spinetti n’en finissait pas de trébucher, à deux reprises il tomba, s’y prenant mal mais ne changea pas de technique pour autant. Aux petits pas il préférait les petits bonds . Et dans le faisceau de ma lampe torche, leurs deux silhouettes mêlées me faisait l’effet d’un animal empâté, à deux têtes, geignant à le nuit noire, atteint d’un curieux syndrome qui le forçait à bondir sans arrêt. Spinetti était pressé, pressé d’en finir peut-être. Cette butte ravinée, décharnée comme un Golgotha dédié au sacrifice des icônes du PAF attirait l’idiot empressé, comme si du sommet il risquait d’y voir plus clair. Marthe, toujours magistrale dans les circonstances exceptionnelles avait décidé de prendre les choses comme elles venaient.
- C’est grave ce que tu es en train de faire André. J’espère qu’au moins tu le réalises.
- Tu ne crois pas si bien dire. Je réalise ! Je provoque l’irruption de la réalité dans un univers en cartons-pâtes ! Non ses paroles raisonnables n’avait pas neutralisé en moi le faiseur de miracle.
- Tu entends Spinetti ! Fils de chien !
Au comble de l’épuisement Spinetti reprenait sa respiration genoux au sol, pénitence de l’idole.
- Tu crois toujours que tout n’est qu’un jeu ?
Nouveau regard de chien battu, incrédule, aveu d’impuissance du grand petit homme. Il ne quitte pas le couteau des yeux. Et je le revois baigné de lumière crue, paradant face à la foule, magnanime et contrôlant tout. La colère monte une fois encore, du pied je le pousse à terre. Marthe, bras croisés attend, n’en finit pas d’attendre.
- Où elles sont les caméras grand chef ? Tes petits remparts, tes vigiles ? Et ta grande gueule ?
- André !
Marthe aimerait tant se rendre utile, apporter les premiers soins, pouponner l’idole déchue. Mais quelque chose semble la retenir d’agir ainsi. C’est la dure loi naturelle enfin, l’instinct de conservation. Je poursuis mon harcèlement de l’otage, du pied et de la voix. Elle ne bouge pas.
- André, écoute moi
- Non.
- Il est encore temps d’arrêter, tu peux t’en tirer à moindre frais.
Une nouvelle poussée et Spinetti sans plus de dignité s’étale dans la boue. Des frais ? elle croit encore qu’il est question d’affaire de boutiquier.
- Je n’ai aucune envie d’arrêter, ça me plait bien ce qui arrive là. Et je te rappelle que je ne réclame rien. J’agis c’est tout.
Dans la seconde j’enfourche le corps vautré de Spinetti. « Ventre à terre maestro ! » de ma main libre j’ai saisi sa tignasse et le couteau glisse sous sa gorge. Ce genre de brisé de nuque doit être terriblement douloureux. J’ai la position du fauve, du méchant des films de mon enfance, avide de scalps et préparant le coup de grâce. La proie est inerte, ne se débat plus. Merde rampante qui voulut se jouer de Nicklaus… « Tu entends Spinetti elle voudrait que je t’épargnes ! Si tu n’avais pas ce bâillon je te ferais bouffer de cette terre pour que tu goûtes une fois à ce monde ci ! »
- Tu ne le feras pas André, je te connais, je sais ce dont tu es capable, tu n’iras pas au bout !!!
- Ne me provoque pas sinon j’accélère le processus ! Et j’aime faire durer… Ca ne t’a pas suffi te céder à ses roucoulades il faut encore que tu le défendes !
- Tu ne le feras pas . Ca n’est pas toi ça !
- Erreur ma belle, le Nicklaus nouveau est arrivé. Et puisque c’est par toi que tout a commencé c’est par toi que tout dégénère. Descends de ton nuage !
- Est-ce que tu sais seulement qui il est !!! Tu juges tu exécutes la sentence…
- Exactement, juge et parti. Je vous ai jugé tous les deux. J’en sais assez. Et puis j’en ai assez entendu…
- Parle avec lui !!!
Idée lumineuse entre toute, elle s’imagine que je vais m’asseoir là et taper la discute avec cette loque humaine. Elle ne manque pas de ressources ma Marthe dans sa jolie robe de soirée. Elle est pieds nus d’ailleurs, elle a du se débarasser de ses escarpins dans l’ascension. Ses petits pieds foulent la terre froide, ses épaules tremblent enfin. Je lâche d’un coup le poids mort qui s’étale face contre terre. J’ai saisi la petite lampe, dans la nuit noire un cône lumineux se braque lentement sur le beau visage de ma douce.
- Tu vois bien que tu ne me connais pas Marthe, tu ne sais pas ce dont je suis capable… et je me contrefous de ce que ce bouffon a à dire. C’est pour toi, rien que pour toi que je fais tout ça.
Elle ne me répond pas, elle sanglote à présent, émue probablement de ce bel instant déchirant de vérité. La lampe dans une main, mon arme dans l’autre j’avance lentement vers elle. On voit mal, hormis le jet pisseux de la lampe, le halo orangé de l’éclairage public en contrebas. Il n’y a que les silhouettes décharnées des arbres, leurs cimes pointant haut sous la nuit du ciel. Et ma douce qui pleure, qui baisse les bras. Il me prend l’envie de la serrer, d’enlacer son petit trognon de corps, de lui souffler dans le coup… je continue, j’avance lentement, je m’approche de la biche apeurée, sans stratagème, mu par cette soudaine émotion qui me submerge. Tenir, rien qu’une fois la boule chaude de son crâne entre mes mains de trappeur. Qu’elle s’abandonne…
Dans mon opération millimétrée je n’avais guère envisagé l’éventualité d’un interlude romantique Parce que je me croyais fondamentalement au-dessus de ce genre de faiblesse. Et j’avais vu juste, l’amateurisme est une plaie pour qui pense mener à bien un homicide.
En cette courte minute d’égarement sirupeux, de relâchement d’attention, cette minute dédié aux anges et à leurs manières d’oiseaux castrés. Ma lucidité subit une éclipse, j’oubliais l’élémentaire prudence qui sied aux professionnels. A peine avais-je accompli les quelques pas me séparant de Marthe qu’une masse sombre me percuta dans le dos. Spinetti, sac de chair inerte dans la seconde précédente était parvenu à se redresser à force de contorsions et hors de ma vue, furieux comme une bête blessée à mort, venait de se laisser tomber sur moi de tout son poids. Sous la violence du choc je basculais, immédiatement je cherchais un appui, mais mes jambes se dérobèrent, je heurtais le sol assez lourdement et tandis que nos deux corps se suivant de près dévalaient dans la boue jusqu’à mi-pente, une terrible douleur incendia d’un coup mon pied droit. Spinetti, saucissonné comme il l’était, avait roulé quelques mètres plus bas. Marthe n’ayant rien anticipé s’était contenté dans l’urgence d’éviter la trajectoire de nos deux corps. Alors que l’ennemi s’était relevé déjà, une inflammation monumentale me paralysait la cheville, je ne pus que constater dépité que mes deux mains étaient vides. La silhouette d’un kangourou filiforme et muet s’approchait bondissante de ma triste dépouille maculée de boue. L’œil sur l’apparition fantomatique je palpais le sol alentours, rien, nerveusement à quatre pattes je recommençais, j’insistais… Spinetti se laissa choir de tout son poids. Et dans la nuit opaque ce fut un artifice de lumière vive, je poussais un hurlement de terreur, le monstre froid jouait des coudes, usait de sa tête comme d’un bélier. Il fallut toute ma hargne pour me dégager de sa haine.
Je me relevais enfin, boitillant à mon tour, reculant d’un saut hors de portée de l’hirsute devenu fou. Spinetti revenait à la charge, infatigable. C’était donc là sa dernière volonté de condamné : ne pas crever trop vite, pas avant le dernier baroud d’honneur.
« Je t’aurais crevure !!! » J’ai hurlé parce qu’il n’y a que ça à faire, je remonte péniblement jusqu’au sommet de la butte, l’autre me suit mais semble accuser le coup, le chatterton bien serré bloque la circulation sanguine, un peu de morve coule sur le bâillon. « Tu vas crever ! » la douleur est atroce, la trouille me tient au ventre. J’ai oublié Marthe, j’ai négligé la pièce maîtresse…
Le joli filet lumineux de la lampe torche se décline à l’infini. Petits cercles palissant, s’épuisant dans le lointain. Puis d’un coup c’est là, en plein visage, ébloui je baisse les yeux. « Marthe, qu’est-ce que tu fais ? » Elle ne répond pas, tête basse j’essaie de deviner comment elle se tient, l’autre est derrière moi déjà. « Marthe ! Arrête avec cette lampe ! » Elle est là, invisible, ma déesse aux pieds nus, ma subtile indigène en transit sur ce no man’s land. Elle tient tête dignement, fièrement, plus que jamais je sais pourquoi je l’aime. « Marthe, je ne vois rien, je vais venir vers toi… » Toujours pas de réponse, la lumière tremble et derrière ce halo blanc, Marthe s’est enfermé dans un inquiétant mutisme. Je suis pris en tenaille. Spinetti n’en finit plus de me talonner, il a ralenti, attentif à ce qui arrive. J’avance toujours, elle ne fait rien pour m’en empêcher. Je n’ai qu’une idée en tête, dès que j’apercevrai la naissance d’un orteil, dès qu’il s’affichera sur le sol que je scrute à m’en dévisser le globe oculaire, alors je n’aurai qu’à bondir, la contourner et lui arracher la lampe. « Arrêtez-vous tous les deux ! » Elle supplie plus qu’elle ordonne. Ses mots me parviennent comme étranglés. Marthe est en transe, si je pouvais seulement voir ses yeux à cette minute…elle n’en finit pas de frissonner, nous éclaire à tour de rôle de son jet tremblant. Je devine Spinetti immobile sur ma gauche, légèrement en retrait. « Marthe, ça y est, nous sommes calmés, il n’y a plus rien à craindre. Arrête ! J’ai l’impression d’être pris dans les phares d’une voiture ! »
A cet instant, j’ai déjà oublié le couteau, je suis trempé de boue froide, mais par une curieuse alchimie le sang bouillonne dans mes veines, ma peau, ma bouche crachent des mètres cubes de vapeur. J’ai la curieuse sensation de flotter, de contempler tout cela d’une franche hauteur. Trois silhouettes sur un dôme de terre mêlée, piétinée. Trois spectres sont là figés. Je m’élève, je continue de m’élever comme un zeppelin silencieux. Un curieux triangle se forme, à mesure que je décolle, entre ces trois points sombres soudés au sol ; Une nuée blanche enveloppe la scène. C’est si aérien, je n’ai jamais rien vécu de semblable. C’est moi en bas cette ombre, c’est fini, foutu. Tout cela ne me concerne plus. La fatalité qui me pesait, l’angoisse et la rage se sont fait la malle.
Un dixième de seconde et le charme est rompu. Profitant de l’asthénie générale, Spinetti vient de charger à nouveau. Dans un râle il arrive sur moi, le coup de boutoir est énorme, il nous emporte. Marthe ne s’écarte pas cette fois et notre élan la happe au passage. Nos trois corps mêlés basculent comme un paquet. Elle a lâché la lampe torche. C’est un fouillis de membres et de cris. Je tente de me dégager. C’est allé trop vite et ça n’a duré qu’une seconde. Une attaque incisive et foudroyante. Quand j’ouvre les yeux je suis allongé sur le ventre auprès d’eux, Spinetti comme un fait exprès est couché sur Marthe de tout son long. Elle ne bouge plus, ses yeux immenses regardent le ciel, son bras gauche touche mon épaule. Je me redresse sur les coudes, Spinetti semble s’être calmé, définitivement.
Sur le visage de Marthe je vois l’effroi, c’est comme un voile. L’horreur en buée dans ses yeux écarquillés. Ce silence soudain, menaçant et qui dure après les échos embrouillés de la mêlée c’est un silence de mort. *
J’avais attendu plusieurs minutes sans doute et rien n’avait bougé. J’avais palpé le dos de Spinetti et rien ne s’était produit. Marthe comme une statue de cire restait immobile malgré la charge de ce corps pesant sur sa poitrine. Je fus le premier à me relever, sans lui demander son avis j’attrapais l’épaule de Spinetti et tentais, non sans mal, de libérer Marthe de ce couvercle. Pour accompagner mon effort elle suivit le basculement sur l’envers, un bras curieusement vissé au ventre du cadavre. Lorsque je l’eus déplacé sur le côté, l’otage s’était lové sur lui-même comme un fœtus. Je dus la gifler pour qu’elle ôte sa main du couteau. La lame avait pénétré jusqu’au manche. Un dard planté dans le bide, Spinetti sans un mot d’adieu avait quitté notre petite fête. Il était mort comme ça d’un coup, dans un dernier sursaut filant s’empaler droit sur un couteau invisible. Marthe avait ramasser le surin sans intentions particulières, sinon celle de m’ôter mon joujou. Et Spinetti n’avait rien trouvé de mieux que de précipiter le drame à son terme. Comment la convaincre que ça n’était pas irréparable ? Elle avait fini par s’asseoir dans l’herbe, sa main droite, la mimine tueuse était ramenée tout contre elle comme un chaton. Les jambes raides, elle fixait devant elle un point quelque part sous le sol. Elle était blême, la bouche entrouverte, une cascade de mèches couleur terre glissait sur sa tempe. Sa robe était souillée de sang ses mirettes asséchées avaient pris la couleur de l’hiver austral. Elle me fit l’effet d’une enfant terrifiée. Comme elle grelottait je déposais ma veste sur ses épaules, et finit par retrouver traînant de-ci de-là ma patte folle ses escarpins à un mètre à peine. Elle avait bleui, comme dans cette histoire de jolie princesse gelée. Et pourtant les tâches, les hématomes, l’odeur du sang, le vacarme hasardeux de cette mort, tout cela ne suffisait pas à la salir. Ma Marthe resterait aussi blanche que les neiges de l’arctique.
Alors j’avais nettoyé, je m’étais occupé du cadavre comme on le fait quand on veut dissimuler des preuves. Je l’avais descendu, péniblement traîné sur une bonne centaine de mètres, en me retenant de gémir. Il y avait une mare d’eau croupie en lisière du parc, à l’endroit précis où apparaissait la longue frise de HLM, barre de béton d’un autre Montreuil. C’était mon premier cadavre, le premier que je voyais. Et si je m’étais toujours imaginé que rien n’était plus inexpressif et immobile qu’un mort, cette petite manipulation me prouva qu’en vérité la mort avant d’être effrayante avait un poids. Je' m'épuisais lentement au fil de la transhumance de Spinetti vers son caveau marin.
Avant de pousser Spinetti dans l’eau saumurée, couverte de plaques d’huiles, je le débarrassais de sa petite chaussette en boule, sa bouche resta ridiculement ouverte. Je notais la présence d’une foultitude d’objets, un caddie, des emballages, flacons, récipients, sacs plastiques, en somme tout un inventaire de rebut, une dispersion d’offrandes dignes du héros moderne. Il y avait les fosses communes, les caveaux, les tombes individuelles en granit poli, les urnes funéraires… et dorénavant il y aurait ajouté à la liste : la mare d’eau croupie, tombeau d’une vedette rappelée trop tôt au paradis bigarré des icônes. Mais artisan de sa propre perte au fond et c’est d’ailleurs cette constatation cynique qui m’avait donné la force de le traîner jusque là. Justice avait été faite, à force de flatter les bas instincts, les plus vils esentiments en chacun de nous, Spinetti avait fini victime de son propre jeu.
Le cadavre venait de tourner sur lui-même, modifiant d’un coup sa ligne de flottaison. Avant de le pousser dans le grand bain j’avais récupéré mon couteau de chasse sanguinolent. Rien n’était foncièrement changé dans le plan. J’allais expédié la lettre de revendication comme prévue, prendre les choses à mon compte. C’était mon idée après tout, Marthe ne méritait pas de subir les conséquences de son acte, ni d’ailleurs de s’attribuer tous les mérites de la mort de Spinetti. Je serrais le manche de toute mes forces et quand il me parut clair que mes empreintes s’étaient incrustées sur la pièce à conviction je la déposais à mes pieds. Quelque chose bougea dans mon dos. Marthe était sortie de sa torpeur, elle fixait comme moi l’étonnant résultat de la soirée et semblait éprouver toutes les difficultés du monde à réaliser. Boitillant discrètement je m’approchais d’elle ; Marthe ne cila pas. Elle gardait les yeux sur l’onde, sur les eaux troublées en bord de mare. Et le grand fond blanc où tenaient ses pupilles exprimait dans sa rondeur absolu tout l’effroi de son corps. Elle tenait debout à la force simple de sa colonne raidie, fichée dans le sol. Dans l’axe, le cadavre flottait sur le ventre, dos bombé comme une poche prête à crever et sa veste gonflée d’eau stagnante ajoutait au sordide une once supplémentaire de réalisme aquatique. Didier Spinetti tutoyait les herbes, le nez dans les grandes feuilles battues par un léger courant d’entre deux eaux. Et pour tout pied de nez au destin s’était contenté d’exposer son séant face au ciel. Je dus forcer Marthe à détourner le regard de la scène, comme éprouvant de la peine à s’en convaincre elle répétait la même phrase en boucle, notre joli refrain de noël : « il est mort, il est mort etc. » « Tu n’y es pour rien Marthe, il faudra oublier tout ce qui s’est passé ce soir et ce ne sera pas facile » Autant la convaincre directement qu’elle avait fait un mauvais rêve, qu’elle avait tout imaginé.
Pour me signifier peut-être qu’elle approuvait Marthe fit disparaître sa main droite tâchée de sang dans une poche. Voici notre couple reformé, voilà enfin le temps béni de la réconciliation. Marthe ne rechigne pas, je l’enlace délicatement. Non elle n’a plus rien à craindre. Tétanisé, son doux visage labouré de pleurs, elle accueille mon amour, ma bienveillance comme la seule chose solide sur cette terre. La récompense enfin, la récompense après le chaos. Imaginez le Che et Hilda quelques minutes à peine après avoir repoussé le débarquement dans la baie des cochons. Imaginez soigneusement ce que ce genre de bonheur peut avoir de divin et vous serez encore en deçà de la vérité, du parfait sentiment de plénitude que je ressentais à cette exacte seconde. Si elle ne m’avait soudainement repoussé, je crois que je serais allé au bout de cette jouissance en l’honorant sauvagement debout sur ma seule jambe valide, tel un héron érotisé à son contact, un œil sur la dérive du cadavre, l’autre sur le tapis d’étoile, la pyrotechnie nouvelle de la voûte céleste. « C’est moi qui l’ai tué ma douce. Tu n’étais pas là. Je ne laisserai personne te salir. » Marthe subtilement se détourne, puis après quelques secondes d’une infinie douceur choisit de croiser mon regard de nouveau. Ses yeux rencontrent les miens. Marthe me sourit.
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dimanche, 19 mars 2006
Fin prochaine de l'interruption d'émission
Ouep c'était long, un coma de 2 mois entre clinique et missions de nuit. Le temps de relever le museau, et j'entends que les jeunes se sont réveillés, qu'il se passe quelque chose. Un frémissement, une onde, précarité, précarité, enfin on va parler de ce qui arrive vraiment. Les CNE, les CPE, la tentative d'aligner tout le monde par le bas ne passe pas, depuis des années que les intérimaires vivent au quotidien la flexibilité, l'indépendance libérale, libres comme l'air, virés d'une semaine sur l'autre, ballotés, confis, mercenaire à 1000 euros, calibré pour le labeur et l'autisme général. La généralisation de ces statuts ne passera pas. 
12:20 Publié dans humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 14 février 2006
Marthe et les barbus (extrait 5)
Dans la préparation du bouquet final, c’est la mise au point des détails qui me posa le plus de difficultés. Je savais très exactement ce qu’il me faudrait faire, de quel façon j’attirerai la proie dans le piège, mais un accessoire me manquait. Je mis plusieurs jours à décider quelle arme j’allais utiliser. Entre les armes blanches, les armes à feu il n’y avait au fond qu’une différence assez minime, la nécessité d’un parti pris esthétique. Une après-midi je fis le pied de grue devant la vitrine d’une armurerie Place de Bretagne. Les sabres ciselés, les pistolets à grenailles, les Opinel ou les pistolets à peinture pour guerriers du dimanche, il y avait l’embarras du choix. Mais il me fallait un instrument de précision capable de donner la mort sans faille, une arme disponible pour le premier venu, maniable par un novice. J’optais pour un couteau de chasse. La lame était large et dentelée sur le revers du tranchant, la poignée en plastique noir offrait une prise parfaite. Le vendeur sans doute d’une nature discrète évita soigneusement de me poser la moindre question, je ne pu m’empêcher de songer que c’était là la preuve d’un très grand professionnalisme.
Marthe ne m’avait pas affirmé être maquée à Spinetti, mais ma paranoïa bienveillante m’indiquait assez sûrement qu’ils devaient se fréquenter, au pire qu’ils s’étaient revus et gardaient contact. Passant outre la morale et mes résistance pacifiques je devais rester résolu. Je gardais mon idée première de provoquer un rendez-vous entre les deux tourtereaux. Du côté de Paimpont, en bordure de la forêt domaniale que j’aimais par dessus tout arpenter aux premiers jours de l’automne, j’avais repéré toute une zone en friche, déserte, délaissée aux lapins sauvages. Suffisamment en retrait des routes fréquentées, au bout d’un chemin de terre, une ancienne cahute cimentée à l’abandon se dressait sous la coupe franche des arbres jaunes. A deux pas une fosse à lisier à ciel ouvert, couverte d’une mousse fluorescente, dégageait des petits pets nauséeux si on s’amusait à y jeter des pierres. Le tableau était complet, un rien fantomatique et suffisamment sordide pour servir de décor à la mise à mort. Mais comment attirer Spinetti en ce lieu ? A moins de l’enlever, de le garder dans le coffre d’un véhicule de Paris à ce petit coin de campagne, raisonnablement c’était trop me demander et ça n’était pas sans risque. Je voulais réussir, aller au bout, il fallait qu’entre la disparition de Spinetti et l’heureuse conclusion peu d’heures s’écoulent. J’abandonnais mon idée aussi vite que je l’avais adoptée mais conservait la certitude qu’il me faudrait l’enlever.
Une semaine de préparation supplémentaire me fut nécessaire, je dus remonter sur Paris à contre cœur pour y reconnaître un lieu adéquat. Je m’installais dans un hôtel huppé de la rive gauche.
Ma chambre au Balzac possédait tout le confort des turnes luxueuses pour touristes avides, à deux pas des Champs Elysées et de la médiocre effervescence de la capitale au mois de mars. Le reste fut une affaire d’exploration des sites les plus immondes de la banlieue nord, entre les grands bat, les plaines boueuses et la sinistre grisaille des bouges à prolo exténués.
Assez curieusement je trouvais mon bonheur là où rien ne laissait le présager. Dans le parc en dénivelé du Bas-Montreuil, à deux pas des habitations mignonnettes et des squats pour artistes en quête de reconnaissance. Idéal arrière-plan pour la bluette romantique que j’avais prévu de mettre en scène, ce 7 mars, jour de mardi-gras, jour où les fous prenaient le pouvoir, où les puissants chutaient de leur piédestal.
Marthe reçut le petit carton d’invitation par porteur la veille au soir. Pour m’assurer qu’elle céderait j’avais commandé un énorme bouquet d’iris, ses fleurs préférées, elle les adorait tendues et gracieuses comme des cous de flamands roses. J’avais la certitude qu’elle tomberait immédiatement raide de bonheur en découvrant avec quel romantisme, quelle justesse Spinetti pouvait se mettre aussi facilement à nu. Le petit mot proposait un rendez-vous privé, « Ma très chère… »,« Je suis impatient de vous revoir » , toutes les formules adéquates étaient concentrées sur le petit bristol, jusqu’à la signature, l’auguste signature imitée de Spinetti la vedette. « J’habite une modeste villa à Montreuil, je viendrais vous chercher sur la grand place Croix de Chavaux vers 22 heures ». L’heure posait assurément un problème, mais je n’avais guère le choix, Spinetti ne sortait du studio que vers 21 heures ; Techniquement il me fallait le temps de voler un taxi, de récupérer Spinetti, de l’assommer, de l’emballer dans le coffre. Et ensuite aussi vite que possible de me rendre à la station de métro Croix de Chavaux pour 22 heures. C’était faisable. Je rencontrais néanmoins quelques problèmes annexes quand au déguisement à adopter pour que ma douce et la victime ne me reconnaissent point ; Pour cause de carnaval les magasins de farces et attrapes avaient été dévalisé. La vieille femme derrière son comptoir, stoïque au milieu du foutoir, de ses accessoires en latex et autres pétards rouges, constatant mon désarroi me souffla une idée pour ma soirée déguisée : Je ferais un admirable rasta antillais à dread-locks. Une perruque, une paire de lunette, ma peau de sucre roux et le tour serait joué. Je lui demandais d’ajouter deux à trois rouleaux de chatterton à mon petit colis, et comme la chance était avec moi, il en restait, la petite boutique faisait aussi droguerie.
Je passais la nuit entière, nuit du 6 mars précédant l’accomplissement de mon forfait en me remémorant mon plan d’attaque, tapis sous les grands arbres du parc, incapable de trouver le sommeil. Sur mon banc, prêt de l’aire de jeu et son immense toboggan longiligne pour enfants intrépides, il m’apparut que je n’avais rien omis, que tout était parfaitement calculé. Infailliblement, j’étais prêt. Le couteau dans son étui pesait lourdement dans mon petit baise-en-ville au cuir passé, la perruque synthétique formait une boule chaude contre mon ventre, je remontais un peu plus encore la fermeture de mon blouson. Un oiseau de nuit chantonnait lugubrement en haut d’un peuplier. Ce fut une nuit de lune noire sans vent, sans nuage, ma première nuit blanche en pleine nature depuis des années. A l’aide d’une lampe de poche je déchiffrais la chronologie des événements que j’avais griffonné à la hâte sur une page blanche. C’était la page de garde d’un bouquin à dix balles achetées dans une bouquinerie du centre de Montreuil. « Le voyage à motocyclette » d’Ernesto Guevara, un écrit de jeunesse bien avant son journal de Bolivie, cette lecture m’arracha quelques larmes lorsque je constatais qu’on y citait le nom de ma mère dans la chronologie des instants précieux du Che.
A lire et relire l’initiation progressive du jeune homme à la réalité latino-américaine, à l’exploitation des natifs, peu à peu je repérais les nombreux points communs nous unissant. J’y trouvais la force qui aurait pu me manquer, j’y trouvais la foi. Et l’idée me vint que lorsque tout cela serait terminé il me faudrait mettre mon acte au crédit de cette même vision utopique qui avaient animé les barbus. Non d’une simple crise de jalousie meurtrière. Je rédigeais alors un brouillon de la lettre de revendication à expédier aux flics dans les heures qui suivrait l’attentat. Nicklaus et les barbus, ça sonnait bien, mon cœur s’emplit aussitôt d’un immense réconfort devant ce soutien historique.
Comme j’en étais aux justifications, il m’apparut soudain que j’avais omis d’envisager le pire. Dans l’hypothèse de la perte éventuelle de mes moyens, si Spinetti en réchappait, qu’y aurait-il entre moi et la vérité ? Rien, sinon la nécessité de crever dignement après ce nouvel échec.
On connaît les nuits blanches des généraux avant les batailles. Et bien, à la tête de ma petite armée virtuelle je vivais une manifestation d’angoisse proportionnelle à la tension d’une guerre aux enjeux démesurés. Mais l’enjeu, cette fois, c’était rien moins que ma vie. J’allais tuer pour la première fois. Mais il y a des morts qui se justifient, des meurtres qui à eux seuls sont un cri. Personne ne l’avoue, mais pour paraphraser le plus benêt des proverbes je savais que tuer c’est mourir un peu. Comme une immolation volontaire mon acte aurait un sens. Après avoir accompli ce sacrifice je ne serais plus jamais le même, je ne serais plus moi-même. Je me voyais en un sens forcé d’atteindre à la parole de ce qui est immobile. Parler comme une pierre. Brutalement, dans le fracas. C’est la révolte de l’inerte que je visais, une véritable abomination. J’allais déranger la platitude du destin.
Rien ni personne n’aurait pu me stopper. Je choisissais un taxi dans le 7éme arrondissement, non loin de l’esplanade ou se trouvait l’immeuble de France 2. La voiture était une Volkswagen, une belle berline métallisée et le chauffeur un petit homme chétif à moustache. Après l’avoir appelé, il me faudrait le forcer à sortir de son véhicule, cette évidence ne m’était apparu que quelques minutes avant 20 heures. Au prix d’un parcours épique j’étais parvenu à dénicher une maroquinerie ouverte et j’y avais fait l’acquisition d’une énorme valise à roulette.
Le chauffeur est descendu, je le colle de prêt, il me regarde à peine, ouvre son coffre, et tandis qu’il soulève la valise vide avec une mou de surprise, je glisse sous ses yeux le métal de la grande lame. Il lève la tête sans bien comprendre ce que je veux. Le temps de lui arracher les clefs, de claquer le coffre et déjà je suis au volant, les pneu crissent comme dans un mauvais film mais c’est totalement indépendant de ma volonté. Ce genre de cylindré réagit dès qu’on effleure l’accélérateur. Je m’éloigne, par le rétroviseur extérieur, j’aperçois le petit homme, il est debout, toujours, sur le trottoir ma valise à la main, incrédule au milieu des passants. Reste là abruti ! ne bouge pas, je te la ramène dans deux à trois heures !
Et maintenant Direction Spinetti. Avant de me présenter devant l’immeuble, je fais une pose dans une ruelle, histoire d’enfiler mon déguisement. Penché sur la banquette j’enfile la perruque. Un gamin s’est arrêté, intrigué, il a de la peine à tenir sur ses patins à roulettes mais ma petite transformation semble l’intéresser. Je lui souris, il chute soudain. J’ai une tronche ridicule, l’air d’un imbécile, j’effraie le premier gosse venu, mais au moins je suis méconnaissable.
J’agis comme si c’était un jeu, je n’ai pas calculé, j’espère seulement que cette naïveté me préservera de la peur d’aller au bout.
Spinetti est un grand monsieur. J’ai garé mon taxi dans un angle . Et c’est lui là-bas dans ce grand manteau doublé, c’est lui cette silhouette qui file et marche vite, je démarre en trombe, il me fait un signe et la bête entre dans la boîte. En taximan consciencieux, je mise tout sur ma discrétion. Malgré mon accoutrement ridicule de rasta pouilleux, j’ai de la classe au volant de cette voiture, elle me plaît. C’est mon petit vaisseau silencieux, mon aéronef de tueur. Ca n’est pas juste un outil, elle est une extension de ma volonté triomphante. J’ai coupé la radio, je circule à deux à l’heure, il reste que le vent s’est levé, que c’est fait. Je ne peux plus reculer. Je n’ai aucune idée de l’endroit où se trouve cette Rue de La pompe où il se rend, je sais seulement qu’il me faut attraper le périphérique et filer vers l’est. Par chance Spinetti se fout totalement de la direction que je prends, il est là, avachi sur la banquette, le nez sans sa petite sacoche de star. De fait il a baissé sa garde. Comment se douterait-il de ce qui se prépare ? Un homme si prêt de la mort et si sûr de lui, c’est une merveille que la vie lorsqu’elle flirte avec les surprises .
« Je suis crevé »
A priori il ne m’adresse pas la parole, c’est un constat à voix haute.
« Vous ne mettez pas le compteur ? »
Je réalise soudain qu’il me faut prendre un accent. Ridicule forcément : quelque chose comme une chaleur créole mâtinée de l’intonation wallonne. Mais Paris est le lieu des curiosités cosmopolites. Il en faudrait bien plus pour alerter un Spinetti.
- Si, si… Mais j’ai du mal avec l’électronique dans cette voiture, elle est toute neuve, tout juste sortie du garage. Tout en gardant un œil sur la route je fais mine de trifouiller le compteur aux chiffres rouges.
- Du moment que vous n’essayez pas de m’arnaquer, ça ne pose aucun problème.
- Monsieur, j’oserais jamais faire une chose pareille, je suis l’honnêteté incarnée, y’a que comme ça qu’on réussit dans la vie. Mon vieux père disait toujours que les malhonnêtes y finissent par mourir plein de regrets…
Spinetti m’a lancé un regard en cisaille dans l’espace étroit du rétroviseur, c’est un regard plein de mépris, légèrement rieur, comme le signe que ce petit échange de civilités populaire n’ira pas plus loin. Il n’est pas du genre à faire des phrases hors plateau.
Je file vers Porte d’Orléans, et je suis calme, étrangement calme. Si rien ne se passe d’ici à la station de taxi tout ira comme sur des roulettes.
« Ca, c’est que j’appelle une idée à la con »
Je sursaute, mais non, fausse alerte encore, Spinetti parle au téléphone.
« C’est une vraie mauvaise idée. Qu’est-ce que tu veux que ça lui foute la lumière tamisée ? Cet abruti n’a aucun goût, il ne reconnaîtrait pas sa droite de sa gauche… ».
J’ai dans l’idée de m’arrêter et de le forcer à monter à mes côtés, au milieu des taxis, l’affaire devrait rouler, il fait bien nuit maintenant. Un petit bip distinct m’indique que Spinetti a raccroché.
- Mais qu’est-ce que c’est que cette route que vous prenez ?
Tout de même, il y vient…
- Je débute monsieur, excusez moi si c’est un peu plus long…
- Mais abruti, c’est le 15éme, ça va pas du tout ça ! On est à l’opposé !
Ca y est, il se sent traqué. J’enclenche la fermeture centrale des portes. Je pousse les rapports, on va trop vite pour qu’il saute à présent.
- Qu’est-ce que tu fous ?
- Je vais demander aux collègues.
- C’est pas possible d’être aussi con ! Fais demi-tour !
Je m’y refuse, Spinetti est en train de réaliser que quelque chose ne va pas.
- Bon, arrête toi là, je vais prendre un autre taxi, on m’attend nom de dieu ! Jamais vu un abruti pareil !
Je me suis garé, sans me démonter je me penche sur la boite à gants tandis qu’il tente désespérément d’ouvrir sa portière.
- A quoi tu joues connard !
Et me voilà qui me tourne lentement, le couteau à la main. Spinetti s’étrangle. Ses yeux clairs transpirent la trouille.
- Joyeux carnaval Spinetti ! Tiens toi bien sagement et tout ira pour le mieux.
- Qu’est-ce que vous voulez ? Son joli timbre de voix n’est plus qu’un pâle souvenir, il chevrote, il geint.
- Je veux que tu montes à mes côtés mon vieux. Et sans geste brusque, sinon cette jolie lame viendra taquiner ta trachée.
- C’est quoi ce délire ? Prenez tout mon liquide…
- Allez Hop, on escalade et on ferme sa gueule !
Spinetti, non sans difficulté, se tort entre les sièges, il me regarde effaré.
- Garde bien tes mains en vue, je ne voudrais pas qu’il arrive un accident. Ta petite personne est précieuse.
C’est un vrai plaisir de le voir m’obéir au doigt et à l’œil, il suffisait de peu en fait pour lui enlever de sa superbe. Il me dévisage, et un sentiment curieux me vient soudain, ce con là me ressemble, mêmes cheveux fins toujours noirs, même visage profilé comme taillé dans une arrête.
- Quel âge tu as ?
- Hein ?
- Ton âge petit homme. Le méchant te demande ton âge.
- 48.
Il est décidément penaud, je dois dire que je me serais attendu à un peu plus de résistance.
- Ca fait que t’es né en 52, dans ces eaux là.
- Oui.
- T’as de la brioche quand même, je me penche brusquement en avant, il se fige. Je renifle la flanelle distinguée de son manteau comme un porc traque la truffe.
- Qu’est-ce que vous voulez ?
- C’est du cachemire ?
- De l’alpaga.
- On m’a dit que c’était un genre de lama sauvage. C’est pas une espèce en voie de disparition cette bestiole ?
- Je…
- Non, laisse tomber, c’était pas une question. Allez les mains dans le dos maintenant mon petit siamois !
La rue s’agite mais personne ne s’occupe de ce taxi arrêté là. Des taxis à l’arrêt, des taxis en mouvement, ce genre de chose ça arrive tout le temps dans cette ville. Les badauds ont la tête ailleurs, tout le monde se dépêche de rentrer chez soi.
- T’avise pas de gueuler ! Je suis désolé de gâcher ton dîner d’affaire, mais on a un rendez-vous de la plus haute importance qui nous attend. Les mains dans le dos allez !
C’est assez difficile mais d’un geste rapide je lie ses poignets à l’aide du chatterton. Ca m’a l’air douloureux. Sans plus d’égard pour ses mimines aux ongles soignés j’emballe sa grosse montre dans le paquet marron.
« Hop ! Allez on se retourne et on présente la papatte au monsieur. »
Ca, c’est ce qu’on peut appeler un effet de style, je me suis rappeler soudain des jolis bas transparents du Spinetti. Un seul fera l’affaire.
« On enlève sa chaussure sans s’aider des mains. » Spinetti semble prêt à tout accepter dorénavant. Je dois le seconder, l’imbécile me regarde sans paraître me comprendre. Finalement c’est à moi seul de retirer sa chaussette de pingouin. Il a le pied bronzé, décidément les présentateurs télés ne font rien comme tout le monde.
« On revient de vacances, laisse moi deviner. Tahiti ? Les Maldives ? » J’ai formé une petite boule compacte avec son bas. J’espère qu’il sait respirer par le nez.
La petite chaussette en boule s’ajuste parfaitement à la cavité buccale de l’otage. Un peu de mon scotch de professionnel complète le bâillon.
- Allez, assez palabré ! Je te mets ta ceinture et en route. Tu devrais rester calme maintenant. Hoche la tête si tu es d’accord.
Ses yeux, il n’a plus que les yeux pour s’exprimer, c’est assez amusant. Mais j’ai tout le temps de me distraire de sa compagnie. Le moteur de la berline obéit sans heurts. Quelle merveille de précision tout de même la technologie teutonne… La circulation est fluide et aisée sur le périph. Spinetti est immobile, garrotté par la ceinture de sécurité. Je vais d’un cœur léger. Pour un peu je siffloterais mais aucun air ne me vient. Nous sommes en route pour la porte de la gloire, paré pour le grand passage au royaume des illusions perdues. La roue de sa fortune a tourné, et Spinetti ne pourra plus se racheter désormais.
Nous arrivâmes peu avant dix heures à l’entrée déserte du grand parc. Ce qui m’avait plu d’entrée en ce lieu c’était cette absence de barrières, cette totale ouverture sur la rue, comme une bouffée d’air pur s’insinuant en pleine ville, un parc libre d’accès. J’ai fini d’emballer le Spinetti, en prenant bien garde à lui laisser l’espace d’agiter les pieds. Dans un instant il sera dans le coffre. Ses narines sont dilatées comme celles d’un sniffeur de colle. Il a les yeux écarquillés, un peu de sueur perle à son front. Et il ne semble pas m’avoir reconnu. Ce qui saute aux yeux c’est son incrédulité d’homme tronc, il ne comprend toujours pas la raison d’une tel férocité chez ce rasta quinquagénaire. Je suis persuadé que dans sa petite tête une multitude de théories rassurantes livrent un âpre combat à la peur qui le noue.
Sans même me servir de la menace du couteau je le menais tout droit dans la gueule béante du grand coffre, sa sacoche en guise d’édredon. Il résista un peu, sautillant sur place pour me distraire mais d’un brusque coup dans les côtes je su me montrer convaincant. Je venais de l’aider à basculer vers arrière, il était là en position fœtale, comme un joli petit paquet cadeau, les yeux révulsés, gonflé et cramoisi du visage, éprouvant toute la peine du monde à inspirer. Et je n’éprouvais rien, pas le moindre sentiment. Aussi froid que la mort menant son œuvre Nicklaus la brute, Nicklaus le vengeur venait d’atteindre au détachement suprême.
Marthe sort tout juste de la bouche de métro. Elle regarde alentours, ses petits yeux perçants scrutent chacune des voitures qui s’approche ou ralentit à proximité du trottoir. D’un bref appel de phares j’attire son attention puis roulant au pas me gare à sa hauteur.
« Salut ma belle, se’vice exp’ess ca’osse à toute heure ! » Cette fois j’ai délaissé l’accent belge pour un authentique parlé « Petit nègre ». J’en aurais honte si ce n’était pour la bonne cause. Sévices à toute heure. C’était bien trouvé ce petit truc là !
- Monsieur Spinetti m’envoie, j’espère que je ne vous ai pas fait attendre.
- J’arrive juste.
Elle ne me laisse pas le temps de descendre lui ouvrir, elle grimpe.
- Monsieur Spinetti a insisté pour que je prenne bien soin de vous. Agis comme si tu devais accompagner ta propre sœur, y m’a dit. C’est beaucoup d’honneur, même si ma défunte sœur nous a quitté l’année dernière.
- Désolé pour vous.
- Oh ! Faut pas !
Non, faut vraiment pas. C’est fini tout ça. Terminé d’être désolé pour moi. On va remettre les pendules à l’heure, on va voir jusqu’où il peut aller le bâtard estampillé SPA.
- Je m’appelle Melvin
- Et bien, bonsoir Melvin.
Elle ne me reconnaîtra pas, en lévitation sur son petit nuage elle sourit. Hébétude de l’amour sans risque. Le visage de Marthe capte et absorbe la lumière sous chaque lampadaire, je ralentis dès que nous sortons de l’ombre et l’épie dans le petit miroir. Sa bouche montre les dents du côté droit, elle regarde dehors. C’est la petite fille en route pour le pays des fées, à bien y regarder il semble qu’elle se soit épilé les sourcils, que leur courbe ait changé de direction. Ces fines virgules bleutées ajoutent un peu de dureté à son regard humide. Je suis loin de subir toute bouffée mélancolique, je ne perdrai pas mes moyens cette fois.
Elle n’est pas là, cette femme dans mon dos n’est qu’un souvenir importé du passé. Cette Marthe là pour Nicklaus n’est que l’image qui motivera la complète réussite. Sur la banquette arrière se tient la futur spectatrice du spectacle, l’unique privilégiée conviée à ce grand bal. Et elle me paraît étrangère, aussi parfaitement étrangère qu’un personne à qui on s’apprête à faire mal. Je la contemple et elle est comme transparente, à travers elle je vois mon joli paquet ficelé qui rampe, souffre, ravale ses cris. Spinetti et moi sommes de toutes façons les sacrifiés de cette histoire, deux fantômes issus du malstrom sentimental couvé par Marthe cette dernière année. La leçon que je m’apprête à lui servir : le sacrifice et la présentation du cadavre aux enfers vont à jamais modifié sa vision épileptique du monde. Marthe et ses futilités vont entrer en collision avec la dure loi naturelle. Qu’elle a violé allègrement chaque seconde depuis sa naissance, qu’elle a piétiné aussi sûrement qu’elle ne croit en rien.
Marthe refusa de me croire lorsque je lui annonçais que la villa de Spinetti se trouvait là-haut, sur la butte. Elle consentit à sortir du taxi, mais pour s’y adosser aussitôt, perplexe, l’œil dans le vague, n’entrevoyant rien que la voûte sombre et inquiétante des arbres tout au long de la pente. Ce court silence me laissa loisir de m’approcher du coffre. Je l’ouvrais sans trop de peine, l’otage s’était calé bien au fond, et émettait toute une série de son bizarres, entre gémissements et crise de rage. Son corps était lourd et offrait peu de prises, en y ajoutant cette dynamique de ver de terre à l’agonie il devenait inutilisable. Je dus cette fois encore le menacer de ma lame pour obtenir son attention. Je hissais difficilement sa lourde masse hors du coffre, mais je m’étais surestimé, son corps chuta lourdement au sol.
A SUIVRE
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vendredi, 03 février 2006
Marthe et les barbus (extrait 4)
Le chant du cygne. Nicklaus perd la main définitivement
Oui, nous nous étions revus même si je m’étais interdit de la harceler chaque foutue journée qui suivit le carnage télévisuel. Dans les premiers temps je désirais plus que tout me refuser à cette faiblesse coupable. J’attendais, prostré, enfermé dans mon petit appartement que l’hiver veuille bien finir, mais suivant la tempête qui devait dévaster les forêt en décembre 99, janvier et février apportèrent leur lot de température glaciales, de pluies infinies, de crues et de déluge. La nature s’était mêlée de ma confusion en posant une chape de plomb sur le pays tout entier.
Je n’en étais pas à ma première expérimentation de la solitude, ni à ma première séparation. Mais cette fois la rupture touchait ma vie toute entière, mes raisons de croire, mes motivations. J’avais d’un coup perdu des raisons de me lever le matin, de soigner ma mise, de rester socialisé. Les médecins vous diront que ce sont là les symptômes évident de la dépression nerveuse. Je n’étais pas dépressif, j’étais mort, aussi mort que Bambi tombé sous les balles du chasseur.
Contre toute attente elle fit le geste de me ressusciter, de relancer la machine. Elle le fit à sa manière, sans gentillesse excessive, mais la manière est à mettre sur le compte de sa jeunesse, de la cruauté et du cynisme qui caractérisent cet âge. D’après ce que j’avais compris elle détestait terminer une relation sur un malentendu, à mon humble avis elle voulait seulement s’assurer que j’avais bien retenu la leçon, que je ne mijotais pas un plan odieux dans la droite ligne de ma charge désespérée contre la télévision publique. Elle était restée sur Rennes, continuait d’étudier bien sagement, elle avait, comme on dit, tourner la page. Et tandis que je me morfondais, elle était là, bien vivante, à quelques rues de chez moi.
C’était une crêperie à l’entrée du vieux Rennes, mon choix en fait. Non loin des portes Mordelaises où pour la première fois ma bouche avait tété la sienne. La crêperie des Portes était pleine comme à l’habitude à l’heure du déjeuner. Avant même d’avoir passer commandes, l’affrontement avait commencé, je redoutais que les choses se passent ainsi, j’espérais même secrètement qu’elle arriverait avec un sourire, comme au lendemain d’une bonne blague : « Alors tu y as cru ? » Mais elle était remontée comme une machine de guerre, couverte d’un vieux pull kaki, les cheveux défaits et le visage creusé. Elle avait changé et je ne voyais aucune façon de le lui dire sans qu’elle prenne cela pour une nouvelle agression.
- - Et pourquoi tous ces mensonges ?
- - Quels mensonges ?
- - Tu me dégoûtes quand tu joues l’innocent… Tu sais très bien de quoi je veux parler. Ton âge, ton boulot, tu pensais réellement que j’avais gobé ces conneries comme une petite fille sage.
- - C’est ce que tu es non ? La gentille fifille à son papa…
- - Abruti !
Je crû qu’elle allait décamper sur le champ mais elle semblait décider à poursuivre.
- - Mon petit dédé je peux te dire que ton prénom te va à ravir, un prénom de vieil aigri qui court après sa vie en semant la merde sur son passage. Je crois que tu es en âge de comprendre ces choses là, tu as même deux fois l’âge de comprendre. Tu es bon pour la SPA maintenant, je parie que tu n’as rien fait de tes dernières semaines, même pas chercher à rebondir… Tu vas puer le chien André, tu vas goûter du chenil et c’est tout ce que tu mérites. Je ne serais plus là pour nettoyer ta niche ou supporter tes saillies de début de mois !
C’était on ne peux plus mesquin, je me levais d’un coup puis me rassis dans la foulée, ne sachant plus très bien s’il valait mieux rester l’écouter me maudire ou filer sans demander mon reste. Une observation rapide et discrète des tables alentours me fit préférer la position assise. Dans le faible éclairage de la petite salle, nous devinions à grand peine le contenu de nos assiettes, j’avais perdu tout appétit . Le milieu de la journée avait été atteint péniblement, aussitôt noirci par la croûte sombre du ciel. L’orage était en train de recouvrir toute la ville et Marthe sous mes yeux, comme métamorphosée, explosait d’un mépris que plus rien ne justifiait. - - En gros, tu veux tâter du présentateur télé, c’est le seul qui manque à ta panoplie. J’imagine que ça met tes parents en joie ce petit virage à 180°, ça doit les enchanter de se séparer du gendre sans blason, du minable fonctionnaire. Ca reste plus dans leurs cordes le beau con en prime-time ! Celui-là au moins il saura sucer son os, faire le dos rond en temps et en heure…
- - Laisse mes parents en dehors de ça tu veux ! C’est peut-être la meilleure occasion que j’ai trouvée de ma réhabiliter à leurs yeux. Tu ne peux pas imaginer le nombre de sacrifices qu’il m’a fallu faire…
A cet instant précis se produisit une sorte de miracle comme il s’en produit peu à l’heure ou tout s’oppose. La pénombre se fit plus pesante, plus intime encore, les petites lampes sur chaque table baissèrent d’intensité jusqu’au noir complet. A la table du fond six crêpes au grand Marnier s’allumèrent simultanément, et comme un cercle de flambeaux sur une grosse tête de bois, la couronne orange et bleutée commença de danser suivant les courants d’air minuscules de passage dans la vieille bâtisse.
Marthe s’était calmée, je le su dans l’instant. Le charmant spectacle aurait attendri n’importe quel viande. Mais son œil humide trahissait une langueur dont je ne serais jamais plus le complice. Ca tournait à l’obsession : Spinetti encore, en Italien ça devait vouloir dire quelque chose comme épineux ou l’épine… Songer que cette petite incision, ce misérable avait provoqué de tels effets ! Songer qu’elle aurait sa place, compressée au milieu des admiratrices du Spinetti chaud, entre les vieilles aux cheveux mauves et les kéké en bermuda ! Tous à réclamer le roucoulant pigeon, Spinetti, vigoureux comme un virus, pétomane oeucuménique en mission, tout couvert de foutre et de paillette, s’apprêtant à ensemencer toutes ces froides bigotes en col Claudine ! ! !
- - Peut-être que tu n’es pas exactement celui qu’il me fallait…
Admirable, c’était admirable ! Cette façon soudaine de faire mine après m’avoir jeté les pires choses à la gueule. Quel art ! ce chuchotement dans une infini douceur, alors que là haut sous son crâne c’était un royaume corrompu. Derrière ce leurre se cachait sa force, elle savait très exactement l’effet dévastateur que pouvait avoir sur mon équilibre et ma fermeté ce genre de stratagème, de fantaisie érotique… Elle ouvrit les mains comme en un geste d’offrande, et ses longs doigts si fins oscillant sous mes yeux commencèrent de glisser lentement vers mon visage, avançant par à coups puis comme une onde…
- - Non ! STOP !
J’avais crié, suffisamment fort pour que l’aile droite du restaurant remarque à quel point je savais monter dans les aigus. Maudite chienne enfanté d’un démon ! Ne crois pas que tu me posséderas si aisément. Nul ne baisera Nicklaus aujourd’hui ni tous les jours qui vont suivre ! J’avais réagi au quart de tour :
- - Arrête ça tout de suite ! J’aime autant quand tu parles tout net.
- - Ne te fâche pas, ça n’en vaut plus la peine. Après tout le tort me revient plus qu’à toi, j’ai agi comme une vraie débile. J’aurai du te parler depuis si longtemps. Je refusais de le voir alors que c’était là : le doute, tout ce doute. Pour t’aimer il aurait fallu que je trouve une raison, et même aujourd’hui il n’y en a aucune…
La situation était on ne peut plus simple, c’était mon chant du cygne.
Je voyais comme au travers elle. L’heure des sucreries, des mots acidulés avait sonné, annonçant la fin prochaine de la discussion, la suspension définitive. Elle cherchait à me déculpabiliser, à s’esquiver sans plus de heurts. Il n’y eut pas de cris. Une averse froide s’abattit sur moi, une cascade de glace me figea dans tous mes membres, mon cœur lui-même parut se ralentir piégé dans le sarcophage. Et je fus certain dans l’instant que cet état s’était abattu pour toujours. Une glaciation durait plus longtemps qu’une vie d’homme et Marthe venait de m’expédier à perpétuité sur un astre froid, un Cayenne inverti pour amants délaissés. Dans cet enfermement, dans la banqueroute aucune alternative. Elle me rejetait et du même coup me forçait à la haïr, à l’aimer, à la torturer comme un remords coagulé. Je lui ferais regretter mon amour pour elle.
C’est en ce lieu que l’idée me vint. Le cul endolori par trois heures de mise en faillite, là, seul, puisqu’elle avait quitter le ring, devant mon cidre tiède, un mégot éteint à la bouche. Je sentis soudainement le poids de la vie sur mon beau front joliment dégarni. Cinquante ans et rien au bout de la laisse, rien, pas un coup d’éclat, pas une réussite, des années de labeur, le sentiment d’avoir été inutile comme unique sensation. Si mon père me voyait… Si le Che me voyait…
La tasse à café me parut ridiculement petite auprès du verre à Cognac. La serveuse, toute pleine de gestes plus inutiles les uns que les autres s’éloignait dans ses petits souliers, les clients des tables voisines fuyaient mes regards, je devais afficher une tristesse inconsolable. Maintenant, me dis-je, maintenant ils vont m’éviter plus qu’avant, ce sera pire encore. Il faut ! Il faut qu’on se souvienne de moi ! Que le nom de Nicklaus reste gravé dans leurs petits crânes de piafs à jamais!
Ainsi germa le fruit fécond de la vengeance.
09:22 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 01 février 2006
Marthe et les barbus (extrait 3)
- Je vous ai dit que mon père était médecin ?
- C’est, si je compte bien, la troisième fois qu’on aborde l’histoire de votre père.
- Justement, ça ne vous fera pas plus de mal. Il faut comprendre la genèse de mon acte pour évaluer à quel point c’est finement réfléchi…
- Votre père a visiblement beaucoup influencé vos choix, mais il n’a pas manié le couteau…
- Mais il a fait pire que ça malheureux ! Il m’a élevé !
Pour le coup il m’avait énervé. C’était hallucinant le côté «petit » de ce poulet, cette volonté de ne pas voir ce qui sautait au yeux !
« Mon père était un très grand médecin, une sommité comme on dit dans ces milieux là, sans doute un peu trop porté sur les boissons fortes, mais tout génie a sa part d’ombre, n’est ce pas ? »
Peine perdue. Ils me regardaient sans réaction, toute la misère du monde semblait peser sur leurs frêles épaules.
Et pourtant, quoi qu’ils daignent en penser, mon père avait été un homme admirable. Il circulait depuis dix ans environ à travers toute l’Amérique du sud quand il rencontra celle qui allait devenir ma mère. Dix ans. D’université en université, du Chili au Brésil, des Andes à la côte atlantique, une bougeotte incurable, une manie familiale. En 48 à Lima, il officiait à l’université péruvienne, entouré de chercheurs de tous horizons, de barbouzes de la cellule, d’apôtre du microscope ; Cette année là fut pour lui celle de toutes les réussites. Un virus encombrant, une variante du Choléra germait allègrement dans l’eau courante de Trujillo décimant les Incas entassés aux portes de la ville. Nicklaus père même s’il se révéla incapable de soigner cette saloperie, parvint tout de même à l’identifier, lui donnant son nom. Il existe bel et bien encore aujourd’hui un virus dit : « De Nicklaus » dont les ravages ont néanmoins cessé. Ma consolation étant que la postérité retiendra le lègue de mon père à l’humanité, son court passage sur cette planète, quelque part entre Nickel et Nicobar dans le Larousse.
Il y avait cette étudiante à la Fac : Hilda, une belle indienne, ce genre de femme aux cils démesurément longs, farouchement révolutionnaire sous son maquillage de jeune fille . Mon père s’enticha d’elle. C’était à cette époque l’une de ses grandes occupations : la séduction forcenée de jeunes filles avides de liberté. Avec Hilda pourtant, l’affaire prit immédiatement un tour nettement plus sérieux. Et c’est ainsi que je vins, fruit de l ‘amour hors mariage. Mon entrée en scène coïncidant curieusement avec le début de la fin pour mon père. Enceinte jusqu’aux yeux, Hilda continuait pourtant de participer aux réunions de l’APRA, une officine populaire et révolutionnaire qui visait rien moins que la libération entière du continent des mains des Américains et de l’élite. Mon père ne vit rien venir, trop heureux du tour admirable que prenaient les choses, le périmètre de ses préoccupations s’arrêtait à ma petite personne, j’étais son agréable souci : un fils enfin, porteur de toutes les promesses. Seulement, ses œillères lui cachèrent l’effervescence politique où baignait ma mère, car la lutte de l’APRA devait prendre un tour résolument radical dans l’année qui suivit. Hilda traquée pour un coup de force désespéré contre une caserne de l’armée régulière fut contrainte au départ. Mon père n’écoutant que son courage considéra sur l’heure que son devoir était de l’aider et de la seconder dans ce coup dur, ce fut une manière pour lui de révéler son côté partisan jusqu’alors insoupçonné de tous. Nous traversâmes la frontière avec l’Equateur puis le pays tout entier avec une facilité déconcertante. J’avais un an à peine à l’époque et je dois avouer que ce périple ne me laisse aujourd’hui aucun souvenir notable. Tout le continent était gangrené jusqu’à la moelle, déjà, entre délation, sédition, manœuvre de la CIA et des grandes compagnies agro-alimentaire. Mon père s’arrangea pour qu’à Salinas un bateau nous embarque pour le Guatemala, îlot de résistance sur toute la zone. Et là commencèrent les véritables emmerdes. Installé comme simple généraliste à Guatemala City dans les années qui suivirent il s’occupa seul de mon cas, Hilda œuvrait elle au sein de groupes de réfugiés politiquement enragés où, cubains, péruviens et autres révolutionnaires de tous horizons préparaient les grands jours. Pour une indienne ma mère n’avait guère l’instinct maternel. Mais aujourd’hui je comprends combien elle pouvait avoir d’autres préoccupations bien plus importantes à la face du monde que ma petite personne, mon petit corps chétif de métis à l’abri du besoin. Nicklaus père ne se mêla jamais de toutes ces histoires de lutte des classes ou d’écrasement des pouvoirs corrompus, je doute d’ailleurs qu’il y ait compris quoi que ce soit. Sa seule préoccupation d’alors c’était le mal : les virus, la contamination, l’infection, la multiplication… Et tandis qu’Hilda tentait de propager ses salutaires idées neuves, mon père ne songeait qu’à enrayer les contagions. En cinq ans de vie commune ils furent incapables de s’aimer plus d’un jour le mois. De cette période, de leur idylle je suis sans doute la seule preuve vivante aujourd’hui, le seul témoignage accidentel.
- Vous dormez Messieurs !
Les visages des deux inspecteurs par une curieuse réaction mimétique semblaient s’être affaissés le temps de notre petite discussion.
- Je m’en voudrais si vous n’écoutiez pas la fin de mon récit, c’est tout de même là que vous trouverez de quoi vous en mettre sous la dent.
- Accouchez Nicklaus ! Crachez le morceau, nous ferons le tri dans vos bavardages de gâteux !
- Oh ! Mais je vais le cracher le morceau. Je voudrais tellement remonter un tant soit peu dans votre estime, vous prouver à quel point je suis un être dénué de toute rancœur, de toute haine. Vous démontrer que si je suis Guevariste, c’est justement parce que les plus hautes idées m’habitent, le plus pur sentiment de justice ! La mort de Spinetti et l’idylle de mes parents sont directement lié malgré tout ce que vous pouvez croire.
A la seule évocation de nom de la victime je vis leurs petits yeux las s’animer d’un nouvel intérêt.
- Car c’est le moment qu’Ernesto Guevara le bien nommé choisit pour son entrée en scène. Jeune, beau, suivant le courant de réformes, porté par le vent nouveau qui soufflait sur tout le continent il débarqua à Guatemala City l’été 53, ignorant tout alors du destin qui l’attendait. Hilda sans résister le moins du monde, tomba dans l’instant raide amoureuse du bellâtre. J’avais cinq ans alors, mon père vieillissant avait troqué les fioles de culture bactériologique pour le rhum cubain, rhum d’importation de très grande qualité que les réfugiés lui fourguaient à prix d’or. Des Che, y’en a autant aujourd’hui que d’imprimés sur les tee-shirts, pourtant le seul, l’unique je peux vous dire que je l’ai connu et qu’il n’avait rien d’un archange débarqué pour sauver le monde…
Certainement pas avant de rencontrer ma mère en tout cas.
C’est assez étonnant mais j’ai gardé un souvenir extrêmement précis de sa grosse tête de cabochard opportuniste. Ma mère a tout fait pour qu’Ernesto devienne le Che, usant de toutes les persuasions. Au moment de son débarquement au Guatemala on peut dire que l’allergologie le passionnait plus que n’importe quel programme révolutionnaire. Et puis, à choisir entre l’enseignement chaotique de mon père et la beauté d’Hilda il avait cédé à l’impératif sexuel. C’est qu’elle était belle et forte ma mère, totalement délaissée aussi, libre de ses mouvements. Oui, et je n’éprouve aucune fierté à l’affirmer, elle et les virus de mon père sont responsables d’une belle tranche d’histoire du monde. Le Che et ma mère ont vécu à Cuba ensuite, et ça a fini par se terminer entre eux. Mais ils ont pris le temps de me faire une demi-sœur au passage : Hildita, fruit de l’amour en miniature, petite perle cubaine. Je serais bien mal avisé de parler d’elle, je ne l’ai même jamais rencontrée.
« Vous voyez messieurs, la rancune est une denrée dont je n’abuse pas. Le Che était un génie, un enculé possessif et sans scrupule, un peu de tout ça à la fois, mais je ne lui en veux pas le moins du monde. Mon père ne lui en a jamais voulu lui non plus, il avait négligé d’épouser Hilda, Ernesto a concrétisé de la plus belle des manières, et pour quelques courtes années l’a rendu heureuse. Il l’a prise à mon père et ç’a n’est sans doute pas l’acte le plus admirable de sa glorieuse épopée, pourtant, s’il m’arrive assez souvent de les imaginer tous les deux, Hilda et lui, c’est sans le moindre dépit. Ils sont là, le soir après une dure journée de labeur, les kalach posées à l’entrée de la tente, faisant l’amour à même le sol, toujours aux aguets, comme deux prédateurs épris de justice…
En un sens, on peut dire que toute ma vie est sous le parrainage du Che. Concrètement je veux dire. »
Sans Hilda, mon père et moi avions fui les Guatémaltèques sans regret. Les années avaient filé bien plus vite ensuite, comme si l’urgence de vieillir s’était emparée de lui. Elle nous avait abandonné, nous passâmes au Mexique, nous fixant à San-Cristobal. C’est ce lieu que mon père a choisi pour passer à la vitesse supérieure, à l’autodestruction proprement dite. Ce qu’il appelait sa «période extralucide » eut d’ailleurs assez vite raison de lui. L’abus de Peyotl, les putes hors de prix…
Il avait commencé à prendre son corps pour un vaisseau indestructible, et les pirates avaient fait leur nid dans son cerveau malade. Tout ça dans la ville de saint Christophe, intronisé pour la cause saint patron des voyageurs immobiles, on peut dire que ce genre d’ironie plaisait à mon père. L’ambassade nous avait rapatriés d’urgence en 62. Et j’avais découvert la France embaumée, moite comme un caveau. Moi le chiquito j’avais appris la couleur de l’ennui.
- C’est certain, mon parcours ressemble à tout sauf à un conte de fée, mais j’étais dans ces instants, sans même le savoir, au contact direct de l’histoire en marche. C’est ici seulement que j’ai pris la mesure du bouillonnement, de la passion réelle de tous ces forcenés du nouveau monde. Le Che aujourd’hui tout le monde le récupère, on balade sa photo comme une icône, à croire que ses idées sont plus porteuses que celles du Christ ! Les mioches, le show-biz, tout le monde le prend comme modèle. Ils sont là les petits résistants à la mord-moi-le-nœud à se pavaner avec leurs faces de bébés pourris d’1m80. A genoux devant l’écran, tout juste bon à tenir le crachoir, incapables d’une vraie révolte, ils ne connaissent rien à rien, baladent leurs slogans comme des coquilles vides de sens. Tout ce naufrage me débecte. Parce qu’aucun d’entre eux n’a la plus petite idée de ce que représente le véritable sacrifice, la vraie lutte, mano a mano avec les ennemis de la liberté. Il nous fourgue leurs idées pacifistes, leur bouffe végétarienne et le soir venu ils rentrent chez papa-maman pour se gaver de pizzas et de jeux vidéos à la con ! Vous voulez que je vous dise messieurs ? On a perdu le sens commun, la définition de la vraie lutte des classes. Les héros, que ce soit le Che ou l’apôtre du spectacle, Spinetti pour ne pas le nommer, c’est du pareil au même aujourd’hui, on les regarde avec la même fascination. Ma mère et son amant ont loupé leur coup en un sens, la contamination des idées neuves s’est interrompue, les fans de Spinetti sont plus nombreux que les miasmes sous l’aile d’un pigeon… Ils ont loupé leur coup. Mais voilà ! Leur plus belle réussite ça aura été de m’insuffler une énergie démesurée ! J’ai tué Spinetti comme on se débarrasse d’une petite métastase, ça n’était rien après tout, juste une manière de remettre les choses à leur place. Le plus dur reste à faire : stopper le cancer qui nous ronge tous, le stopper ou euthanasier pour de bon l’espèce humaine dans son ensemble !
L’inspecteur m’interrompit d’un brusque plat de la main sur la table.
- Fin du premier opus Nicklaus ! ! !
Il serait peut-être bon que vous vous calmiez, regardez-vous, vous êtes en nage. On va nous accuser de mauvais traitement si vous continuez à vider votre sac sans plus de raison. Un homme de votre âge n’a plus le cœur aussi résistant. Etre à la fois mythomane et meurtrier ça mène assez sûrement à l’arrêt cardiaque !
- Si vous pensez que je mens, allez vous faire foutre !
Malgré un léger emportement je gardais mon calme, songeant qu’ils m’avaient laissé parler sans m’accorder le moindre crédit. Le coup de poing vint avec une rapidité déconcertante. Pour un homme de son poids le petit gros en sweat se déplaçait diablement vite. La douleur ne dura que le temps de l’action. Je souris. Indéniablement j’avais du mérite, et je le savais si bien, j’en étais si parfaitement conscient que rien n’aurait pu m’atteindre, je savais pourquoi j’étais là, Marthe était la seule dans la confidence. Au- delà de notre secrète expérience commune, les flics ignoraient tout. Ca n’était pas un pain dans la gueule ou leur lente et pathétique tentative d’humiliation qui ferait de moi une fiotte.
- Vous êtes minable inspecteur ! Vous préférez libérer vos pulsions sur un homme qui pourrait être votre père, libre à vous. Mais vous n’êtes rien ! Votre vie c’est un gros parpin posé là, dans la merde, sans rien autour qu’un océan de merde !
Il eut un nouveau mouvement brusque mais son geste s’interrompit net à l’appel du second inspecteur.
« Laisse Philou, il en vaut même pas la peine »
- Ecoutez-moi bien Nicklaus ! Vous n’avez pas l’âge d’être mon père, vous avez à peine l’âge de vous faire respecter. La mort de Spinetti nous on s’en bat les couilles. Des Spinetti y’en a des millions dans ce pays, il y a un potentiel de bouffons inimaginable derrière cette porte. Vous n’avez fait que réduire le temps de parole de celui-là, la relève est déjà prête. Votre meurtre, vos barbus de l’an 40, c’est du vent, vous auriez dû vous contenter de pisser sur les trois couleurs…
- Ca n’est pas mon genre.
- Un homicide avec un mobile aussi niais, ça ne vous donne pas un genre, ça met juste en péril votre santé mentale Nicklaus, rien de plus. Je crois d’ailleurs que tout cela a assez duré, le temps de rédiger le procès-verbal définitif et vous irez croupir au fond de votre cellule.
Continue, songeais-je, avale là cette couleuvre, prends ce mobile et fais-en ton intime conviction ! Je ne cherche rien d’autre.
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mardi, 31 janvier 2006
Marthe et les barbus (extrait 2)
Ou notre héros André N. Nicklaus pour prouver son attachement à Marthe Grégory se voit contraint par sa belle famille de s'exhiber dans l'émission télé "Les voeux de l'amour" présentée par Didier Spinetti, le gendre idéal, la perfection du prime time.
Le studio d ‘enregistrement comme une arène sans terre battue, un immonde amphithéâtre kitsch au tapis de sol fluorescents, baigné de lumière crue jusqu’aux plus intimes recoins. Tel fut ma première vision d’horreur quand je pénétrais le lieu du défi.
- Vous êtes ?
- Un peu perdu je dois l’avouer .
Ils se ressemblait tous dans cet immense bordel hygiénique, les étiquetés menait la foule vieillotte à la voix, les semi-grabataires à problème urinaire étaient intelligemment placés sur les côtés, les marmots cernés au centre, noyé dans la masse de permanentes grise.
Le logement était en crise sur Paris d’après ce que racontaient les gazettes mais la légitimité des médiocres à prétendre à un toit trouvait dans ce temple son expression la plus démesurée. Gâchis organisé de place et d’accessoires, de brillantine et de fond de teint, de maquilleuses en sueur et de chauffeurs de salle cocaïnés jusqu’à l’oreillette. Cette bouffonnerie démesurée ne respectait évidemment pas les règles du direct. L’enregistrement d’une émission de trente minutes nous prit quatre à cinq heures.
J’étais depuis longtemps dans la place, répondant mollement aux questions des assistants de Spinetti, échangeant quelques mots avec mes co-thurnes, futurs adversaires de plateau. Je respirais difficilement, engoncé dans mon costume de C&A dont je venais de faire l’acquisition, lorsque Marthe pénétra dans la loge, en sandwich entre les deux ignobles chaperons de son sang. Elle était magnifique, vêtue d’une robe noire toute simple, les cheveux prit dans l’entremêlement de fils, comme un réseau de petites veines fuchsia dans l’épaisse toison brune. Cette apparition chassa d’un coup la pénible période d’attente angoissée. Son grand et admirable front dégagé, ses petits seins qui paraissaient méditer, discrets sous le tissu sombre, enfin elle me revenait.
Tandis que le père et la mère, anthropophages comblés au pays des rêves en carton, faisaient des papouilles à toute l’équipe, fuyant les lapements et autres bruits de sucions, j’isolais Marthe dans un couloir.
A peine avais-je saisi ses petites mains, fébrilement comme un gosse qui vient de faire le mur, trop heureux de ces retrouvailles, qu’un imbécile en costume bleu roi vint se planter sous notre nez, les pieds dans notre intimité confuse. Sans pudeur, sans retenue, c’était Spinetti. Marthe immédiatement se mua en une groupie sous hypnose, l’espace de quelques minutes je me trouvais remisé au second plan. Spinetti lui administra un long baise main écœurant sans se soucier de l’ordre des priorités.
« N’oubliez pas mes chers amis, du divertissement ! Je veux du divertissement ! »
Dans la seconde toute ma joie de collégien céda la place à une colère épouvantée.
« Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’on est venu là pour s’amuser ! » Marthe me regardait froidement.
- Merde Marthe, tes parents ont eu la pire idée imaginable, nous forcer à participer à cette bouffonnerie ! Je ne sais pas si j’aurais le cœur d’aller au bout !
- On n’a pas le choix.
- Si, tu sais très bien qu’on pourrait partir maintenant, quitter cette bande de dégénérés et rentrer chez nous, recommencer comme avant.
- Tu as donné ta parole André. Tu as donné ta parole. C’est un moyen comme un autre…
Elle était dans la nasse, nouvelle adepte, ayant pour de bon déléguer sa volonté aux événements, au chef d’orchestre de cette immonde symphonie. Un moyen comme un autre de gagner un week-end en Hôtel formule 1 sur une bretelle d’autoroute, voilà ce qu’étaient ces vœux de l’amour !
- Marthe, dis moi que rien n’est changé.
Spinetti repassait, suivi d’une nuée de petits marquis du plateau. Je le vis décocher un clin d’œil à ma princesse, à ma Marthe totalement conquise. Les conseils fusaient de toutes part : « Soyez vous-même ! A l’instinct ! N’hésitez pas à tout dire ! ».
- Comment peux-tu écouter cet abruti maquillé !
- Je le trouve assez aimable.
Oui certainement, aussi aimable qu’un juge s’apprêtant à décortiquer nos quelques mois de vie commune. Il avait le clinquant, la prose juste, l’amabilité d’un recouvreur de dettes qui n’attend qu’un mot de trop pour vous achever. Oui, elle était aimable cette petite machinerie ronronnante des vœux de l’amour, cette petite boite à musique pour chambre de jeune fille avec sa poupée Spinetti en verre poli. Mais le mécanisme marchait au vice, au jus concentré de lubricité et de double jeu. Mieux nous amadouer pour mieux nous dépecer tel était le stratagème . Et combien donc j’étais le seul à faire preuve de lucidité !
Bordel ! Ficelé comme une paupiette sur le siège éjectable de la connerie, piégé comme les autres dans un baquet d’auto-tamponneuse. Soudé à l’estrade, je suis là dans le bain de spot, derrière un pupitre en forme de termitière pour insectes plastiques. Je suis là et mon fluide vital fout le camp, je suis littéralement en train de me vider de toute énergie. L’idée me vient de présenter mon cul aux caméras à titre de partisan du réel, c’est inutile, mon geste héroïque disparaîtra au montage.
Les hostilités commencent, Marthe ignorant ma main ouverte a préféré se cramponner à l’accoudoir. Je suis seul cette fois sans aucun doute possible, moite devant la France entière.
Séparez l’authentique de la soupe populiste, et vous n’obtiendrez rien.
L’affrontement s’engage : Repassage, rangement, destination de vacances, nous effleurons avec délicatesse le quotidien douteux de notre vie commune. Et le fiasco est total. Pas un point, nous n’en marquons pas un. Spinetti renchérit : « A quoi avez-vous renoncé pour votre couple ? ». Marthe est en coulisse, c’est elle tout à l’heure qui devra répondre à cette même question. Il faut répondre vite, pas par principe non, par nécessité. Je suis engagé dans un très bref processus de survie. Les parents Grégory et leur faces de marionnettistes comblés d’aise au premier rang, la pression de ces milliers d’yeux qui me scrutent, Marthe qui n’attend qu’une chose… Et pourtant c’est plus fort que moi, je ne peux marcher dans leur sens à tous, c’est une compromission bien trop énorme. On doit répondre, c’est forcé, mais je n’ai rien à dire.
Alors je le dis : « Rien ». Et ce sera la substance de chacune de mes réponses à son harcèlement. Non, je ne m’étais jamais posé des questions aussi essentielles que : « Si elle rentrait tard de la salle de sport, seriez-vous inquiet ? » « Lequel de vous deux descend la poubelle ? »
- La fréquence de vos rapports sexuels est-elle satisfaisante ?
- Depuis trois semaines, la fréquence n’émet plus si vous voulez le savoir !
- Tiens donc et pourquoi cela, André ?
Spinetti souriait. Nicklaus était-il une proie si facile ? Minable pion, répète encore une fois mon prénom comme si tu t’adressais au doyen parkinsonnisé d’une maison de retraite et je te mets une balle entre les deux yeux ! C’est exactement ce qu’il m’aurait fallu dire, mais on a le courage de l’instant, et à cet instant précis, je me contentais de me taire. Non il n’y avait plus de rapport depuis que je ramais sur ce rafiot, depuis que nous avions subi le coup de balai de la fatalité familiale. Depuis 25 jour très exactement je n’avais pas touché le corps de Marthe. Et j’ai la mémoire des instants précieux…
- Vous êtes écrivain public je crois André ?
Je ne mouftais pas.
- Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste.
Toujours rien. Spinetti ne cédait pas. Il se tourna de côté, prenant soudainement le public à témoin.
« Chers amis du public, il semble qu’André ait besoin de vos encouragements ! »
La meute réagit au quart de tour, les deux syllabes de mon prénom reprises en chœur s’élevèrent au-dessus des gueulards immobiles comme une gigantesque bulle de bande dessinée. C’était beaucoup pour un seul homme, beaucoup de tenir bon face à une telle pression bestiale. Beaucoup de pouvoir aussi, pour un Spinetti, beaucoup trop. Cette chapelle était la sienne, les ouailles mangeaient dans sa main, c’est très exactement ce qu’il avait voulu me prouver par cette petite démonstration. Spinetti réagissait comme un chef de bande ; une résistance même minime de ma part pouvait provoquer les foudres du public. Après tout il n’était rien de plus qu’un lâche, c’est ainsi qu’agissent les lâches, dissimulé derrière la force brute.
« Comprenez moi André, Nous aimerions en savoir un peu plus sur vous. C’est le droit du public après tout. Essayons autrement si vous le voulez bien : Ce métier d’écrivain public y êtes-vous venu par vocation ? »
La vérité c’était que j’y étais venu par amour. En croyant bon porter ce masque ridicule j’avais joué la carte du respect pour l’innocence. Je n’avais pas voulu d’entrée plonger Marthe dans ma vie en mélasse. Pour cet amour, que Spinetti était en train de piétiner allègrement, la dissimulation n’était que le pendant du rêve, un mal nécessaire. Mais cette vérité n’avait rien à faire à la télé.
« Je voulais être facteur ». J’ignore ce qui m’a prit de répondre cela.
Un sursaut sans doute, et de l’espèce la plus rare, une bouffée délirante. J’aurais aussi bien pu annoncer gémissant : Je veux rentrer chez moi. Mais j’avais opté pour l’absurde. Spinetti feignit la surprise :
- Quelle curieuse idée. Ca manque tout de même de variété le métier de postier.
- Détrompez-vous, on rencontre des gens d’une espèce que vous ignorez : généreux, désintéressés…
J’avais débité d’un ton sec, trop heureux que ça sorte enfin. Et pourtant Spinetti affichait son parfait sourire de gentleman, je savais qu’il ne fallait pas s’y tromper. Un coq en sa basse-cour agit comme un gendarme.
- Mais ce côté bohème des écrivains publics, le poêle à charbon, les petites économies d’une longue vie. C’est sans doute ce qui attire une aussi charmante et très jeune fille que Marthe…
Vous savez comment parlent ceux qui peuvent abuser de leur temps d’antenne… Le maître de cérémonie articulait avec un soin tout particulier, abusait d’une technique éculée de beuglement théâtral. Chacun de ses mots dévastant la petite barricade de protection virtuelle que j’avais édifié patiemment. Je ne pourrais guère lui ôter ce mérite : il possédait un savoir faire évident pour abuser de son petit pouvoir. Je n’eus pas le temps de répliquer, Spinetti d’un virage à 180 degrés, virage chaloupé en glissement vers l’arrière était déjà à deux pas du public, un jingle de cuivres suraiguës gicla des haut-parleurs qui tapissaient la grande salle :
« Allez passons à la partie la plus intéressante de notre émission : c’est au tour des femmes ! »
Le tour des femmes finissait toujours par venir.
Isolé dans ma loge avec un petit verre de Cabernet d’Anjou en guise de réconfort, je vivais une solitude inédite. Et si j’étais en train de perdre la femme que j’aimais ? Comment là-bas, dans la cage à la merci de ce séducteur des hauts-plateaux, pourrait-elle se défendre ? Je l’avais séduite à coups de mensonges : c’était aussi la spécialité de Spinetti, et ça le rendait dès lors hautement fantasmatique, fantasmatique et bourré de tunes. Qu’allait-il improviser maintenant que j’avais à moitié avoué que notre couple battait de l’aile et du chignon ? Que Fantomas était mon employeur ? Je l’avais provoqué, j’avais provoqué Spinetti sans me soucier le moins du monde de but ultime de cette mascarade. J’avais oublié en route de me tenir aux garde-fou.
Je revins aux côtés de Marthe, légèrement échauffé par le Cabernet, me glissais péniblement dans l’espace menant au gros coussin mou que nous devions partager de nos fessiers complices. Et là, première surprise : Marthe était tassée contre son dossier, d’une façon que j’interprétais immédiatement comme une position de repli, voire même de dégoût à mon égard. Si elle avait pu, semblait-il, elle aurait sauter dans le siège voisin. Spinetti était à deux pas, un nouveau sourire en façade : celui du carnassier face à la bête incrédule. Profitant d’une petite trêve, les caméras n’avaient pas encore recommencer leur sinistre besogne, je remarquais un autre détail : Marthe avait pleuré. La tentative de dissimulation était impeccable, ses joues et ses pommettes étaient sèches, sans doute repassées au fond de teint, mais c’était insuffisant pour tromper le Nicklaus. Elle avait ce reniflement caractéristique de ses moments de pleurage, la goutte au nez, l’œil qui se détourne… Elle avait chialé, j’en aurais mis ma main à couper.
Voilà bien le genre de perspicacité et d’attention qui méritait qu’on me distribue des points. J’aimais assez cette femme pour ressentir ce qu’elle ressentait, pour avoir su deviner ses pleurs. De quoi rendre le Spinetti vert de rage…
« Bien, on peut dire que c’est une émission qui ne manque pas de rebondissement. Les femmes nous en ont appris des vertes et des pas mûres… »
A peine le temps de tenter une approche auprès de ma douce et c’était reparti avec le haut-parleur. Comme à Franprix un jour de remise : Spinetti en tête de gondole soldait son voyeurisme au kilo. Ce que j’entendais, filtré à la passoire de ma raison chancelante ne ressemblait à rien : « Un couple de Picards obèses, venez vite, venez voir ! Les smicard endettés du troisième type et comme clou du spectacle, le couple pas-couple : Elle pourrait être sa fille, il a les idées larges et ils couchent ! » C’était une petite voix, comme un gargouillis s’extirpant dans un râle des viscères de Spinetti, la vérité de ses boyaux. Il portait des petits bas transparents dans ses chaussures de cuir le Spinetti, il avait le sens du détail et du pas de danse. Mais je voyais clair dans son jeu.
A la question concernant nos rapports Marthe pouffa comme une idiote. Sur une petite note d’impudeur, elle assura Spinetti que « ça ne marchait plus aussi bien qu’avant » , et je cru dans l’instant avoir imaginé qu’elle disait cela. A l’autre question quand aux sacrifices que notre couple lui aurait imposés, elle réprima un sanglot, en se lamentant sur ses amies perdues, son année scolaire en forme d’échec…
Quoi ? j’étais ce monstre ? Je regardais Marthe avec les yeux de la vérité, cherchant dans son attitude et ce déballage écœurant où se cachait l’humour et le naturel. Il me sembla que leur fauteuil auto-tampon possédait une option « allongement infini », tant ce profil que je regardais amoureusement me parut loin, plus étranger seconde après seconde. « Tourne la tête Marthe, tourne ta tête de petite connasse vers moi… ». Je chuchotais, mais d’une manière suffisamment distincte pour qu’elle m’entendit.
Elle me snoba.
Je ne m’étais pas trompé, cette émission était une cour d’assise, et dans l’idéal, au retour de la loge, j’étais devenu l’accusé, Spinetti avait retourné le public contre moi, avait poussé Marthe à la délation. Et il corsait le mélange :
« Il est vrai que la différence d’âge entre vous explique assez facilement votre échec ». Elle était comme droguée, lointaine, dévisageant Spinetti comme le prêtre chargé de son salut.
«Rassurez vous Marthe, rien ne prouve que vous serez forcée de beurrer ses tartines à André au temps béni de la retraite ! »
Rires abominables dans le public, la mascarade s’est muée en impitoyable jeu de la vérité. Tout cela n’avait aucun sens, pourquoi s’acharner sur ma misérable personne ? Pourquoi Marthe avait-elle attendu cette exhibition pour étaler ses reproches, ses frustrations et ses petite ambitions ? Il n’y avait qu’une raison et une seule : Spinetti, qui lorgnait sur elle comme sur un trophée.
Le visage de Marthe, entre épousailles et naufrage. Le bonheur dans le dos, plus prêt des récifs que de la liste de mariage. C’est le même sentiment que lorsqu’on se vide de son sang . Une réalité en laquelle on croyait qui fout le camp, c’est la vie qui se tire sans douleur, par palier. Et c’est ce qu’on était en train de me faire.
Spinetti lorgnait. Avec sa carrosserie refaite, ses implants, sa gomina, son sourire en placo il était le summum de la représentation du quadra épanoui, bien dans son corps, nullement complexé de sa richesse… L’idéal incarné. Et Marthe, qui s’était habituée à l’idée d’être attractive aux yeux des vieux messieurs, avait sans nul doute flairé les avantages à tirer d’un tel parti.
Au début de notre relation il m’avait fallu supporter la petitesse de toute les théories à la mode concernant l’attraction de l’homme mûr pour une jeune fille et vice-versa. Cela dans des bouches amies, dans le désordre de mes connaissances lointaines et proches. « Elle cherche la protection d’un père… » « Elle n’est qu’une enfant ». A se demander de quel cerveau amical aurait bien pu surgir un encouragement, un soutien. Les collègues au tri m’avaient mis en garde contre le jeu de cette petite. Et le ver était dans le fruit déjà, avant même d’avoir essayé de nous faire l’un à l’autre. En ce jour de spectacle d’agonie, rangée au côté de Spinetti elle avait décidé de leur donner raison. Compromis fumeux entre la séduction Nicklausienne et la sécurité paternelle. Spinetti incarnait le renouveau, le brin de muguet précoce, le nouveau mentor.
Tout le laissait supposer. Il suffit de déchiffrer chez une femme souvent, il suffit de comprendre le code, les soupirs tacites, les sourires… Même si Marthe changeait de code au gré de ses déplacements. C’était manifeste, dans son chagrin soudain la consolation portait un micro-cravate, une gourmette or et promettait une révolution de palais.
Le couple de Picards obèses emporta le morceau : des chèques–cadeaux, une parure de lit, les médailles en chocolat du dépucelage télévisuel et le réconfort d’avoir fait ses preuves.
En voilà deux qui continueraient à couler des jours heureux sans plus de honte…

OFF. Les caméras, le son. A priori plus rien ni personne ne nous épiait, le plateau s’emplit bientôt d’une foule de techniciens casqués, d’assistantes, d’assistantes des assistantes, etc. Et l’œil sur la petite foule, scotché à mon siège, défiant le temps et l’espace je restais un instant en suspens. C’était fini, comme une rage de dent qui avait cessé, la douleur s’en était allée. Je relâchais ma vigilance, Marthe en profita pour s’éclipser de son côté du manège. Elle avait probablement rejoins les coulisses. Je venais tout juste de décider d’en faire de même, lorsque relevant la tête j’aperçus deux immenses boulets de canon qui fonçaient droit sur moi, deux boules de chair en furie, dignes redresseurs de tort, artisans du destin corrompu, les parents de Marthe fendant la foule. Mon esquive fut magnifique, je devrais dire ma diversion, ce serait plus juste. En appui sur le fauteuil j’imprimais un effort concentré des deux jambes contre la termitière vert pomme qui nous avait tenu lieu de pupitre. La chute de cette chose eut un effet convaincant. Tout le monde recula dans une pagaille étonnante, repoussant les deux boulets en périphérie du cercle. Michel Grégory bondissait sur les pattes arrières pour me suivre des yeux par dessus les épaules en barrage. J’étais dans les coulisses déjà. Mais point de Marthe en vue. Je commençais à marcher de long en large, arpentant tout les couloirs du petit village troglodyte. Une sauvagerie progressive, une nervosité grandissante s’emparait de moi. La faute à la vitalité, à toute la vitalité retenue des heures durant pour ne pas me donner en spectacle. Elle pointait son nez tardivement mais avec la rage du champignon gémissant pour sortir de terre au bout de la nuit. Je passais devant des portes, des barrières de sécurité, des ascenseurs. Et je voyais derrière chaque mur, je devinais le Spinetti entreprenant, acculant Marthe dans un angle , le regard bleu–émail, ses mèches dissimulant grossièrement ses oreilles décollées et ma douce cédant pouce après pouce, bientôt à la merci de toutes les injures.
« Qu’on m’indique la loge du pervers ! »
J’imaginais sans doute qu’en hurlant la forteresse cachée livrerait ses secrets, comme Ali baba dans son désert mité en quête du trésor fabuleux. « Marthe ! Marthe ! ». Pas de réponse. Je Tambourinais des pieds sur le bois d’une marche. Renversais ou jetais au loin tous les objets à portée. Les chaises de mauvaises qualités rebondissaient sur les murs, les câbles tendus s’arrachaient à leur matrice sans un sanglot. Quelqu’un finirait bien par remarquer le bordel, mes manières d’émeutier.
« Marthe ! Ou sont les pavés ? »
Je gueulais comme un forcené, il ne s’agissait plus de lui faire entendre raison, il s’agissait de la débusquer. Et que l’on s’intéresse à mon sort.
Pour qui ne s’est jamais perdu, qui n’a jamais senti que le cour des choses se jouait de lui, que sa réalité s’effilochait comme un vieux pull, ma crise, ce soudain abandon à la rage pourra passer pour une classique crise de jalousie du névrosé impuissant. Mais c’était tout autre chose, c’était bien plus. Cinquante ans de soumission, de colère sourde contenue, d’années s’étant succédés sans réussite et qui par un curieux effet boomerang explosaient enfin à la face du monde, côté-jardin de ce théâtre creux. Je ne perdrais pas Marthe aussi connement.
Je ne la perdrais pas du tout.
Un petit groupe de curieux a fini par venir à ma rencontre, mais les cris, ma face convulsée, le sang qui tambourine à mes tempes. Tous ces petits signes les forcent à se maintenir prudemment à distance. Je saisis sans intention particulière un extincteur rouge sang qui me narguait au mur. Et l’arme déployée fermement à bout de bras braque l’embout noir sur l’homme le plus proche. Il se pétrifie dans la seconde, sa mâchoire pendouille lamentablement.
« Où est Spinetti ? ». Voilà, cette fois le forcené a clairement démontré ce dont il était capable, exprimé ses revendications. Il me semble que tout est clair, mais mon interlocuteur figé comme l’âne dans la crèche semble avoir définitivement perdu la parole. Quelqu’un bouge en arrière du groupe, une femme toute menue se fraye lentement un passage jusqu’au devant des curieux. Elle porte une broche gigantesque, un papillon luisant qui lui mange la poitrine, à moins que ce ne soit son torse, guère plus large que celui d’une enfant, qui fait paraître le papillon plus gros qu’il ne l’est. Enfin, toujours est-il qu’elle paraît inoffensive avec sa petite voix tremblante :
« Monsieur Spinetti est remonté dans son bureau, et il n’y a plus aucune raison de le déranger ».
Ils ne comprennent que la manière forte, comment ai-je pu l’oublier aussi facilement. D’un bond je suis sur la naine, de mon bras libre je l’attrape au cou. Evidemment sans réelle violence, il faut bien reconnaître que je sais y faire.
« Je vais vous en trouver une de raison ! »
J’ai fait volte-face, et me voilà reparti à l’assaut de l’immeuble entier, traînant mon otage minable comme un pantin sans force. Nous nous engouffrons dans un ascenseur qui s’ouvre à peine. « Quel étage ? » Elle me regarde comme si j’étais Human bomb à poil sur une plage, mi-fascinée, mi-terrorisée, incapable de la moindre réponse. Petite pression délicate sur ses cervicales. L’ogre de ses cauchemars lui murmure au visage : « Quel étage papillon ?!! ».
C’est au neuvième, elle paraît soulagée d’avoir céder si vite. « Comprends moi, ça n’est pas après toi que j’en ai… La cause de tout ça c’est ton patron. » Elle comprend sans comprendre, regarde l’extincteur, les bras ballants, un sourire contrarié aux lèvres. Je ne vais pas la convaincre, et ça n’a aucune importance. C’est long neuf étages, c’est atrocement long, ça vous laisse le temps de douter.
Je ne sais pas bien ce qui me prend de mêler tout le monde à ce scandale, je ne sais pas bien si une charge désespérée de cavalerie contre ce fortin de Babylone peut assurer un retour à la douce quiétude. La porte coulisse, j’ai les yeux dans le vague, je ne tiens plus la nuque de la femme au papillon que de deux doigts. Ils sont quinze, vingt, un rempart de sécurité en uniformes bleus devant la cage d’ascenseur. Je ne suis pas bien sur d’avoir vu luire le chrome d’une ou deux armes. Inconscient je fais sauter la molette de l’extincteur et tente d’activer le mécanisme. Ce genre de saloperie ne marche qu’une fois sur deux. C’est la mauvaise. Ma petite captive a bondi hors de mon giron.
La mêlée compacte s’abattit sur moi comme la grêle sur l’oisillon, je me souviens qu’entre les cris de mes agresseurs, les bruits sinistres de la chair qu’on fait bleuir et les câbles couinant de la cage d’ascenseur, aucun hurlement de douleur ne sortit de ma bouche. J’accueillais par un profond silence le tabassage en règle, dans une sorte de recueillement désespéré. L’extincteur me fut ôté, l’ascenseur repartit vers le rez-de-chaussée et à cet instant seulement je réalisais mon échec.
Mon corps atterri sur le trottoir avec un bruit mat. Ils ne désiraient pas se compliquer la tache. Le mouton noir une fois évincé de la bergerie, la petite fantaisie rupestre pouvait continuer. C’est assez humiliant de se tenir ainsi, a genou sur un trottoir humide en début de soirée. Et pourtant je ne m’en souciais pas le moins du monde. Je venais d’être cocufié par toute l’ORTF liguée contre ma petite personne. J’avais un goût de sang dans la bouche et un avenir en forme de bout du monde pour partisan de la terre plate. Le gouffre. La victime regarde le monde, l’assiégeant jette un dernier coup d’œil sur la forteresse imprenable.
Il y a cette belle femme derrière le cordon de sécurité, cette belle femme en robe sombre… Marthe, seule au milieu des badauds, elle ne fait pas un geste, sa respiration forme une jolie buée contre le verre de la grande baie vitrée. Entre elle et moi, un mur transparent, nos mois gâchés de vie commune, les sons de la rue qui montent en vrille. Et un visage-pâle, Spinetti, l’ennemi intime de mes jours.
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dimanche, 15 janvier 2006
Un nouveau primate sort de la jungle
"Rien ne saurait étonner un américain"
Jules Verne
Les américains ont la fâcheuse tendance à avoir toujours une longueur d'avance, après la lune, le fond des océans, le proche-orient, voilà qu'ils ont entrepris de s'intéresser à de nouveaux territoires sauvages. Sans nouvelles des Aliens depuis que Ben laden leur avait piqué la vedette dans la catégorie du "Mystère caché qui explique tout" nous respirons enfin, un remplaçant est en route, gloire aux spin doctors un nouveau héros arrive ! Et il est Africain, on l'appelle pour l'instant le Kalanoro, il est flippant, brouillon, hirsute, agressif, vit en bande, pour un américain le kalanoro réunit tous les stéréotypes rattachés à l'Afrique. Mais précisons les origines de ce petit être gris.
Sur Cryptomundo, un certain Loren Coleman, nous annonce qu’une unité de marines américains auraient entraperçu plusieurs représentants d’une nouvelle espèce de primates. Le détail de la découverte est donc rapporté sur un site hautement scientifique, étayé, pas du tout occulte et frapadingue [?!] : Cryptomundo, terre d'asile de Big Foot. L'information est ensuite relayée sur Boing boing. La rencontre improbable aurait eu lieu durant des opérations secrètes en République démocratique du Congo entre 1997 et 2002. Période de guerre dans l'ex-Zaire. Suivant ce que rapportent les membres de cette unité d’élite des marines, ces créatures, de la taille de chimpanzés, mais pratiquant la bipédie avec décontraction, auraient le dos hérissé de piquant semblables à ceux des porc-épics, et c’est tandis qu’ils tuaient sauvagement un animal que les marines auraient surpris 13 d'entre eux, piquants hérissés par l'excitation de la chasse. Par ailleurs ce curieux animal vivrait en milieu aquatique. Les créatures aperçues en République Démocratique du Congo seraient cousines d'une autre créature connue, d’après ce que l’on nous explique, depuis toujours des Malgaches : le Kalanoro qui malgré ses pouvoirs télépathiques et son apparence humanoide reste considéré comme un animal. Le dessin de Harry Thrumbore le représente. Madagascar est depuis toujours un haut lieu de légendes et de récits ayant trait à des créatures magiques. Imaginons la migration du Kalanoro de Madagascar à la République démocratique du congo, un périple difficile si l’on songe aux nombreuses guerres civiles en cour dans cette partie de l’Afrique... Bien entendu, comme dans toute nouvelle de cet acabit il existe une preuve : une vidéo de trois minutes classifiée par l’armée, car on se doit d’ignorer pleinement les raisons de la présence d’une unité spéciale de marines en plein milieu du conflit de l’ex Zaïre. Et c’est là que cette histoire improbable, cet énième hoax (canular se baladant sur le net à la vitesse du téléphone arabe) nous intéresse. Des unités d'élite américaine en plein conflit au Congo, tout le monde rêve d'en avoir la preuve.
Entre 1997 et 2002 Il y avait bien des unités d'élite de l'Armée américaine dans cette région et elles avaient pour but l'entraînement et la formation des forces de l'AFDL, Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo qui se sont depuis emparées du pouvoir en RDC, au prix de nombreux massacres et déplacement de réfugiés que dénoncent l'association Human rights Watch :
Morale tragi-comique
La morale de cette histoire c'est que ces petits êtres perdus, chassant fièrement au fin fond des forêts denses du Congo, (elles le sont forcément pour que ces trolls amphibies se soient cachés si longtemps), fuyant les humains, tentant de préserver leur culture de chasseurs-cueilleurs et probablement un tas d'autres qualités... ces petits êtres surpris par une caméra dans leur quotidien, sans le savoir détiennent la clef d'une bataille géopolitique, c'est un peu comme si le Yéti détenait les clefs de l'occupation chinoise au tibet. Sans nous emballer il est possible que la politique internationale entre dans une nouvelle ère. Si tout celà est vrai, ( on attend les articles dans "Nature" et le "New York Times") Guantanamo verra débarquer des prisonniers d'un nouveau genre : petits singes gris perdus dans leur camisole orange XXL traînant tristement la patte pour rejoindre le réfectoire. Il faudra capturer tous les Kalanoros, car il est tout à fait possible qu'ils nuisent aux intérêts américains. La main mise des états-unis sur les richesses du Congo est à ce prix. Evidemment si cette histoire n'était qu'une énorme fumisterie, si les unités d'élite américaine sous l'abus de psychotropes, LSD ou autres, avaient confondus un mariage pygmée avec un scène de chasses de lutins, évidemment à ce moment là le gouvernement Bush tomberait, éclaboussé par le scandale, les français à leur tour décideraient de rendre un peu de son indépendance à l'Afrique et sur le champ le monde serait plus beau.
19:05 Publié dans La retraite à Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 14 janvier 2006
Principe de précaution.
Il a fait pas mal beau hier. Je venais tout juste d'acheter mon pain, le pharmacien de la place, prévenant comme un dealer à la rentrée étudiante conseillait une cohorte de vieux sur la nécessité de se faire vacciner contre la grippe, d'acheter du Tamiflu en cagette de 100, et d'arrêter de fréquenter des poules qui connaissent des migrateurs, c'est que même chez les bêtes à plume tout ce qui voyage a mauvaise réputation, allez savoir pourquoi y'aurait des oiseaux voleurs de poules qui se soignent à l'anisette et jouent de la guitare debout jusqu'à pas d'heure...12:07 Publié dans La retraite à Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 09 janvier 2006
Télévision au scanner
En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance...
Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ? Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes.
Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux. Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur.
On se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield". A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.


17:35 Publié dans L'écran d'El Fernando | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
mercredi, 09 novembre 2005
Opération charbon vs Relève la tête
A l'heure du couvre-feu, à l'heure où des sociologues sur France 3, stylo en main, écharpe au vent devant les carcasses fumantes viennent nous expliquer que la voiture est un symbole et que les émeutiers n'aspirent au fond qu'à consommer comme tout le monde, il faudrait peut-être souligner que la situation est un peu plus complexe, qu'il suffit de faire un tour dans les bac des disquaires pour s'en convaincre; Après plus de 20 ans de mouvement hip hop, le rap français a muri, s'est diversifié et
une chose est sure, il suffit d'écouter quelques groupes pour souligner que depuis 10 ans au moins certains ont tiré la sonnette d'alarme, analysé, décortiqué, rapporté ce qu'ils voyaient, qui ils étaient. Muris aussi pour aller vers des paroles d'apaisement, tandis que des rappeurs plus jeunes à défaut d'appeler à l'émeute, décrivaient il n'y a pas si longtemps le processus des dernières nuits. Dialogue, dialectique entre les défaitistes et les sages. Morale et appel à la rage. Une chose est sur, la violence vient au bout du désespoir, mais elle n'est pas l'étape ultime. Pourquoi les médias ne s'empressent-ils pas d'aller recueillir les avis et analyses d' Akhenaton, Kery James, Oxmo Puccino, Kool Shen, toute la génération des grands frères, qui ont la maturité et le vécu pour eux, et peut-être une parole qui porte un peu plus que celle du gouvernement et de son couvre feu exhumé des temps de la guerre d'Algérie.
"La France
Législation conçu pour nous descendre[...]
ca sert à rien de gueuler, de parler à des murs;
à croire que le seul moyen de se faire entendre est de brûler des voitures[...]
la France est une garce et on s'est fait trahir[...]le système voilà ce qui nous pousse à les hair[...]
faudrait changer les lois et voir bientôt des arabes et des noirs à l'Elysée. Faut que ça pète tu sais que le système nous marche dessus[...] La galère n'arrange rien[...] je lance un appel, on est là pour tout niquer, leur laisser des traces et des séquelles avant de crever[...] on se fout de la République et de la liberté d'expression ![...] à présent y'a plus de bluff[...] de toutes façon j'ai plus rien à perdre[...] La France est une garce et on s'est fait trahir[...] on est tous solidaire ! Negro et bougnoules ! Lève le doigt en l'air ! "SNIPER
"Jeune homme deviens ce que tu es par ce qu'ils veulent que tu sois un habitué du drame[...]pour toutes ces mères qui nous ont mis au monde, tous nos darons les mains blessés pour toutes ces années d'un travail immonde[...] relève la tête, bats toi pour le devenir. Scarla, celui qui veut s'en sort[...] ta vie est ce que tu en fais[...] arrêtons de subir nous sommes les futurs leaders[...] Celui qui veut y arriver trouvera toujours un moyen pour s'en sortir[...]reste digne mais teigneux, fais mieux on a pris tant de bleus mais tant mieux à force on défiera les envieux[...]si t'as pas de bon sens fais toi aider compense, l'ascension social c'est une prise de conscience[...]Je veux que les jeunes d'ici relèvent la tête, on est pas condamnés à l'échec."Kéry JAMES - Relève la tête ft.Kool Shen,Passi,LeRatLuc',Busta,Lino,113&beaucoup d'autres
"Opération charbon, chaque jour et chaque nuit tu sais jamais quand tu pars faut assurer pour chaque vie... Nouvelle sortie pour mes gars ... comme chaque soir c'est la guerre enfoiré !"KDD
"Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu ?!!" NTN
"On te raconte l'amertume de jeune dans la merde[...] J'ai peine à le dire mais pour nous il n'y aura jamais de paix, vu qu'en vrai tout le monde sait notre génération sacrifiée[...] je désole mes parents par la voie que j'ai donné à ma vie, quand ils me regardent en silence c'est ce qui trône dans leur esprit, je n'incarne plus les espoirs qu'ils avaient tous placés en moi" Mafia K'1fri
"C'est une époque de fou heureusement je fais parti des chanceux ceux qui pensent avant d'agir, pire qu'aspirent à réagir[...]les frères sont vrais, mais à quel prix ?[...] c'est pas la poisse gars c'est un sortilège, un cortège de morts vivants, les pieds devant, vivant au jour le jour[...] c'est une époque de fou mais est-ce une fatalité ? [...] ma façon de régair dépend de mon éducation, remettre mes actes en question, combattre mes frustrations,[...]être un homme droit. Cest un combat contre toi même quand la tentation t'approche[...]délinquance, la quintessence d'une destruction à petits feux, ça se passe tout prêt de chez vous."La rumeur, fabe et haroun
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vendredi, 04 novembre 2005
Sarkozy et l'effet papillon
Sur les confettis de la République, à Mayotte par exemple, il y a aussi un effet Sarko... on connait la parabole de l'effet papillon, battement d'aile de papillon à Neuilly, "il faut nettoyer !" ouragan sur le 9 cube, et douche froide à Maoré, île jouxtant mayotte. Les évènements rapportés ici datent de fin Septembre.
... "la conscience politique ici s'achète à grands sacs de MABAWA (ailes de poulet) et de canettes de coca! Vivent les allocs' et les produits manufacturés! Vive la France!... "On est tous diabétiques, bientôt, mais on ne paiera pas les médocs... youpi! On roulera en belles 'tutures'; enfin, on fera du cul-à-cul pendant des heures sur l'unique route de l'île, et voilà... "Mayotte! Quel dommage... Tout s'éfface sous le béton, les mauvaises herbes disparaissent sous les canettes et les sacs plastiques... les flics remplacent les clandestins... au carrefour ils sont là, en mini-short bleu-marine et grandes chaussettes roulées sur les randjos en toiles... à la place de la petite bouéni (femme) qui vendait des beignets... On dirait que les autorités préfèrent les clandestins qui mendient (ou volent) à ceux qui travaillotent pour vivre un minimum décemment... question de conformité sans doute, élément du sacro-saint respect des cultures... question d'esthétique encore : mieux vaut les amputer quand le bras est pourri que de mettre un plâtre un peu plus tôt et de donner trois comprimés gratuitement... "Aïe aïe aïe... quelle ambiance... Sarko a réussi ses magnigances... Ce matin les femmes du village ont sorti ballets et rateaux de jardinier - de la Mairie! -pour faire le tour du patelin et sortir les enfants de clandestins de l'école, les parents de leur maison... Pourquoi ? Suite à une manifestation de clandestins à Mamoudzou, le bureau du député a été saccagé... bien sûr on ne parle que de ça à la télé sauf peut-être de cette bizarrerie : son portrait et son ordinateur sont restés intacts ! On saura dans quelques jours que le député (MDM, i.e pro Sarko) a lui-même payé les 'bandits' pour 'massacrer' sa permanence!... classique mais pas chic!... ça ne suffit évidemment guère à ceux que ça démangeait pour y voir clair... "Bref, demande-t-on à la barbarie d'ouvrir les yeux? En tout cas elle ouvre sa gueule puante sans honte, ne voit que tout-blanc-tout-noir... et s'excite à la promesse du sang et de la terreur..."
Alors que chez haut et Fort la communautés dite "Politique" ou "Débats de société" semblent avoir faite leur la propagande faciste de la droite extrême, libérale, nationaliste, où souverainiste c'est avec l'oeil vitreux que nous cherchons de la pluralité dans l'agora citoyenne. Le terme politique est donc réquisitionné par les démagogues qui s'alarment d'une soi-disant guerre civile, d'une horde de sarrazins venus égorgés leurs filles et compagnes (refrain connu). Navrant, mais il serait trop simple de se contenter d'une névrose à la rose, ces petits goebbels du haut-débit méritent qu'on leur rentre dans le lard, trop simple de les laisser tenir le crachoir. C'est tout le discours politique qui du coup s'en trouve confisquer entre droite, droite extrême, intégrisme général, fin de la nuance. Retour à des relents d'entre deux guerres quand la France s'inventait un facisme à la mode de chez nous. Là, dans ces tribunes ouvertes aux populistes sans vécu la République est en danger, pas dans les rues où des citoyens s'expriment, malheureusement par la violence, mais après tout comme toujours ça a le mérite de relancer les débats. On entend que quelque chose ne va plus, que peut-être la fin de la police de proximité, les coupes dans les budgets sociaux de prévention, dans les progammes de formation, les suppressions pures et simples de postes d'enseignants, la stygmatisation d'une population par des discours extrémistes et démagogiques de la part de ministre aux larges ambitions, l'augmentation des bavures de 37 % depuis le retour de Nicolas Sarkozy à l'intérieur, tout celà s'est ajouté pour l'embrasement. Le 21 avril était un accident dans le sens ou la majorité de ce pays à l'instant du second tour n'avait guère le choix de s'accomoder des idées de la droite. Le problème est dans les conséquences du 21 avril, sous prétexte qu'un parti xénophobe a totalisé 5 millions de voix, (ce qui est énorme mais nous sommes 65 millions) nombre de penseurs à la petite semaine, juste haineux par frustration, déboire personnel, incompétence, bêtise, ignorance, la liste serait longue tant les racistes font plus pitié qu'autre chose, ces névropathes donc se croient autorisés à dire tout et n'importe quoi, à cracher sans avoir réfléchi une demi-seconde, ils confondent musulmans et arabes, France et ancien régime, persuadé que dans un parti politique leurs idées ont plus d'ampleur, petits individus sans courage, ils leur manquait cette meute, cet abri pour se persuader peut-être qu'ils existent et que quelqu'un, quelquepart va les aimer, les soutenir, les comprendre, enfin quelqu'un... français de souche à 25 générations avec consanguinité attesté et cerveau capitonné.
Allez un petit proverbe batabwa pour finir, "L'intelligence est un fruit qui se ramasse dans le jardin du voisin." ou mieux un proverbe Malinké : "Tu finiras par aimer celui qui t'auras bousculé pour te faire avancer."
14:42 Publié dans Les lettres du doc | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 12 octobre 2005
El Fernando n'a pas sommeil.
"Ce livre n'est pas seulement une insomnie, c'est aussi un voyage. L'insomnie appartient à qui a écrit le livre, le voyage à qui l'a fait." Antonio Tabucchi.
Je me suis verouillé à une machine expresso pour expérimenter l'insomnie sur plusieurs semaines. A quoi bon, me direz-vous ? A quoi bon mettre à mal un si précieux équilibre de veille et repos qui jusqu'alors me gardait pied vif et oeil alerte. A quoi bon des litres de café pour des pupilles en dilatation permanente, un esprit s'embrumant à mesure que je m'excite au clavier, peut-être pour les déphasages à la mesure du surprenant quotidien... C'est la vision de "The machinist" de Brad Anderson qui m'a jeté dans ces travers expérimentaux, dont je suis coutumier ( souvenirs de peyotl à la vision de "Blueberry" et "La forêt d'émeraude", Pastaga pour la rétrospective Jean-Marie Poiré à Sète et autre Marijeanne pour "Country man") Session 9 son précédent film approchait la question de la schizophrénie sur le versant homicide sanglant dans un ancien hopital psychiatrique désaffecté, flippant mais assez prévisible et brouillon. "The machinist" creuse le sillon du trouble de la personnalité avec un Christian Bale, habité par son rôle et qui au delà de la performance physique, parvient à vaciller à l'infini, maigre comme la mort, ouvrier en voie de disparition accroché au fil de ses souvenirs par quelques post-it sur un frigo. Hagard, regard vide,
il erre sans but, juste la paranoîa pour tenir. Il est cette machine à vivre dont la conscience semble s'en être allé avec les derniers réflexes élémentaires de survie. Il ne dort plus, la frontière entre lui et le monde tient dans l'épaisseur d'un papier à cigarette, mais il est loin d'avoir la force de déchirer ce voile qui dissimule l'essentiel. Le sujet est creusé, lentement, surement, jusqu'au malaise. L'insomnie n'est peut-être qu'un symptôme alors, ou la chance d'ouvrir un autre champ de perception. "Fight club" de David Fincher d'après le roman de Palaniuk s'entame sur la même constatation, le héros ne dort plus, et comme Alice il traverse le miroir, "Fight Club" n'est pas un fim de résistance altermondialiste où une bande de nihilistes mettraient à bas la société de consommation et ses vitrines, comme pour "The machinist" c'est la mise en scène réelle d'une guérison à l'oeuvre, le machiniste va jusqu'à se réduire à l'essentiel, réduire son monde en peau de chagrin, devenir une enveloppe pour atteindre à l'essentiel, à la réponse. Tyler Durden, lui, détruit en lui, autour de lui, jusqu'à ce que la chute de ce monde, de ces tours sur l'échiquier change la donne du schéma où il est enfermé et l'amène à renaître du chaos qu'il aura crée. Guérison à l'oeuvre, lutte en chantier à l'intérieur d'un être, la figure du double est l'une des plus mythique de l'humanité, elle fascine et effraie à l'extrême, c'est en quelques sorte l'ABC de l'étrangeté cette image d'un double, Faust, le Horla, les frères Bogdanov, rien au fond n'est plus frappant visuellement que l'Autre héros, le Mister Hyde du docteur Jeckyll, le Gainsbarre du Gainsbourg a condition que le traitement qui en est fait ne soit pas purement manichéen.
Mais si la figure du double en cinéma continue d'être utilisée sur son versant psycho-pathologique dans une production contemporaine anglo-saxonne détaillant nos sociétés schizos, bousculées où des individus en perdition, s'inventent des repères tangents. Le double ouvre aussi au politique et au spirituel, "Mr Klein" de Joseph Losey et "Nocturne Indien" d'Alain Corneau sont encore à la lisière de l'insomnie et du dédoublement énigmatique. Dans "Mr Klein" c'est un grain de sable dans la machine qui va tout bouleverser, un journal reçu à la mauvaise adresse pour mettre un doigt dans la mécanique bien huilée de la collaboration et des rafles. Mr Klein, comme un héros de Kafka pose des questions bien plus vastes que son petit destin de bourgeois contraint à s'impliquer ne pourrait le laisser croire. Cet autre Mr Klein que tout le monde semble poursuivre, cet homme pourchassé, en danger permanent finira par offrir un destin à son double, ce Mr tout le monde qui délaisse ses attributs de lâcheté et d'immobilisme, sacrifiera son petit instint de conservation pour aller jusqu'au sacrifice et la déportation. C'est la question de la responsabilité anonyme qu'interroge Losey. Chacun préservant son petit "quant à soi" laisse faire, fait mine de ne pas remarquer les rafles, la disparition d'un voisin, d'un collègue. Delon, impeccable en Klein, finit par se laisser prendre par le courant, pour se fondre dans ce tout indistinct des déportés et leur donner un visage. "Je suis cet autre, je suis mon double".
Idem, pour "Nocturne Indien" adaptation
du roman éponyme de Tabucchi où un homme parti à la recherche d'un ami disparu en Inde finit par se trouver lui même au bout d'un lent voyage halluciné. Corneau parvient grâce à une grande maîtrise à maintenir le rythme lent du livre, sorte de récit de voyage qui n'en serait pas un. Puissance évocatrice, étrangeté, ce qui importe dans cette quête d'un ami hypothétique, en de nombreux point semblable au narrateur, c'est que le héros, J.H Anglade, semble lui même transparent, d'une fadeur taoiste, parfait voyageur dès lors pour souligner la dureté et l'étrangeté des lieux qu'il traverse. Jeu de piste spirituel entre un homme et son double dérobé. Où on se demande qui au fond s'est vraiment perdu. "... Ne crois pas. Ne cherche pas. Tout est occulte." Fernando Pessoa, maître des personnalités multiples est évoqué et Tabucchi qui en est un grand lecteur dans la droite ligne de ces quelques mots interroge au fond le processus de l'écriture, de création lui même. Qui écrit ? Qui filme ? la véritable intrigue est là dans ce questionnement inutile. On ne pourra jamais qu'évoquer la figure du double, elle est avant tout une ouverture sur la question de l'être, question hautement spirituelle de l'ordre du "Qui sommes-nous ? Ou allons-nous ? Vous reprendrez un café ?" à laquelle l'humanité s'efforce de répondre manière comme une autre de passer le temps qu'il lui reste.
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mercredi, 07 septembre 2005
"Les sujets de grande importance doivent être traités avec légèreté."
A Tokyo en 1943 le professeur Hyakken Uchida prend sa retraite de l'université pour se consacrer à l'écriture. Le vieux libertaire, ses disciples, sa femme dévouée, son chat, donnent à Kurosawa l'occasion de signer son film le plus léger, une forme de testament, d'ode à la vie. Philosophe de l'ironie dans une période de guerre, le maître toujours vénéré fait face à l'adversité, à la perte de sa maison, retranché sur l'essentiel, ceux qui l'aiment, une pensée acerbe, les vers de quelques poètes célébrant la nature. La disparition de son chat va seule le jeter dans un affreux désespoir. Mais encore et toujours avec tendresse Kurosawa dépeint le maître vieillissant dont on célèbre l'anniversaire en grand comité chaque année, occasion de s'entendre demander, "mahda-kai", que l'on traduira par un "étes-vous prêt ?" assez proche du "loup y es-tu ?" des jeux de cache-cache, auquel le maître répond inlassablement "Madadayo" "non, pas encore", ce "pas encore" du grand gamin qui refuse de vieillir et de cèder face à la mort qui patiente au bout du chemin. En temps de guerre et de perdition générale, alors que l'humiliation de la défaite et de l'occupation est à la mesure de la démesure faciste du japon expansionniste, le vieux professeur symbolise ce Japon de la constance, dans la simplicité et l'innocence, loin des parti pris, c'est cette même émotion que dans "Rhapsodie en Août" qui explorait la question de la culpabilité et du pardon entre les 2 ennemis d'hier japonais et américain. Ce film fut le dernier d'Akira Kurosawa, ultime pied de nez et petit joyau de légèreté. Cette année un autre film est venu pour confirmer que la veine aérienne nipponne n'était pas close, loin de là. The taste of tea d'Ishii Katsuhito est à l'image de ces maisons japonaises à l'ancienne, une succession de grandes pièces nues ouvertes sur le dehors. Et dans l'intimité d'une famille de joyeux allumés, entre lenteur et poésie permanente, la mère créant ses mangas, le père et l'hypnose, l'adolescent et ses amours progressifs, on s'attache au vieux pépé totalement déjanté, et à la petite dernière s'essayant à la métaphysique face à son double envahissant.
El Fernando ne s'étalera pas, parce que d'autre ont déjà parlé (et très bien) de ce petit chef d'oeuvre. Tout ce qu'il y aurait à en dire c'est que pour la première fois comme dans l'espace d'un haïku ramassé, un film ouvre une brèche sur la magie de la création elle même, et si on pouvait craindre que toute cette alliance hétéroclite, d'univers, de mondes intérieurs, de folie douce fasse "fondre le cerveau", c'est au final une aussi belle leçon qui nous est donné que celle du vieux maitre de Madadayo, une ode à la liberté traité par le composite, les effets spéciaux, la musique, les mangas, la danse, toutes ces formes qui finissent par s'allier parfaitement et former un tout cohérent et unique. Comme il en est de cette famille dans cette maison ouverte, alliance improbable de personnalités pleines et complexes sous le regard du doyen à l'oeil aiguisé. De la pudeur, de l'excès, bref de quoi nous tenir sans climax, sans manipulation scénaristique. S'il vous arrive de vous figer des heures face à une toile de Van Gogh ce film vous tiendra longtemps.
Mahda kaï ?
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mardi, 05 juillet 2005
Demandons plus au chômeur...
Maison de chômeur, du type "A la Tom Sawyer", France 2005.
"[...] Aussi, je ne peux m’empêcher de soupçonner ceux qui plaident en faveur d’une réforme du marché du travail soit de s’avancer masqués, soit de rouler inconsciemment pour le compte d’autres, plus radicaux, dont le véritable objectif n’est pas de réformer le marché du travail, mais d’en finir avec le droit du travail."par Denis Clerc in Alternatives économiques.
Dans les temps de doute, de crise, d'occupation... la france revient à ses bonnes habitudes, à ses vieux démons diraient certains. Elles bouc-émissairise, néologisme qui mériterait d'être plus lisible tant son usage est en passe de devenir une véritable posture réflexe. Un problème avec l'Europe, c'est le plombier polonais, le turc fourbe. Un problème avec les JO ? C'est l'Anglais, l'apôtre de la malbouffe qui veut nous chasser du paradis du sport-business. Un problème de croissance et c'est du coté du chômeur qu'on va chercher la cause. Les habitudes Françaises sont impressionnantes de persistance. Ainsi nous sommes dans l'an I de l'ère Dominique de Mie de pain, les chômeurs vont donc attaquer le pain noir pour solutionner tout ce qui ne marche pas et le reste. Denis Clerc dans son article souligne combien tous ces projets de Contrat Nouvel Embauche sont hasardeux et sans doute promis à l'échec, mais au-delà de ces questions de choix politique, il faut se pencher sur ce qui arrive sur le terrain, y mettre le nez. Hier pour exemple, entre ANPE locale et ASSEDIC, larmes et crise de nerf, une jeune fille qui pour une question de suivi de courrier se retrouve dans la panade sans indemnités, des dossiers réexaminés après quatre mois de recherche intensive et infructueuse où on vous annonce que vous n'en avez pas fait assez, cad vous auriez du prendre n'importe quel boulot et oublier de penser à long terme. Donc la question pour les chômeurs est désormais une question de survie, rien ne l'indique, mais tous y pense, et si l'allocation chômage finissait par disparaître ? Des conseillers à qui on en demande plus que jamais, des chômeurs sur qui la pression déjà grande pèse un peu plus, la réforme du Pare a poussé nombre d'entre eux vers le RMI, dont rappelons-le le nombre de bénéficiaire est passé de 700.000 à plus d'un million de 1994 à 2004, + 80.000 rien que pour l'année 2004. Entre persuasion, stigmatisation, menace de radiation il est de plus en plus difficile de chercher un emploi sans se sentir oppressé. Et la situation de demandeur nécessite de la sérénité, pour rester crédible, ne pas se disperser, continuer de croire en ses chances après des années. Du côté des employés de l'ANPE c'est assez simple on leur demande désormais de remplir les fonctions de recruteur, type gestion de ressources humaines, mais surtout de faire le tampon social : assistance, aide médico-psychologique bientôt, c'est à peu près ce que l'on demande aux profs, tenir, face à des réalités qui se délitent, des cas de plus en plus difficiles, et des situations où tout se conjuguent : endettement, chômage, logement insalubre. L'effet boule de neige en quelque sorte. La priorité serait donc de cesser de stigmatiser une frange de la population qui tente avant tout de s'en sortir, pour les soutenir, eux dont l'exemple sert en permanence de menace sourde: "Ca peut vous arriver, du jour au lendemain, une fermeture d'usine, un manque de chance, un manque de zèle... et vous devenez un des leurs, dans la longue colonne anonyme des invisibles."
...Petite contribution supplémentaire..............

De récents travaux tendent à prouver qu'aux alentours du 21ème siècle, probablement au début... il existait une catégorie de personnes, citoyens, au sens de l'époque, qui, privés de travail, se voyaient généralement contraints à supporter les ricanements de leur contemporains, traités de "fainéants", soumis au "quand on veut on peut...", après plusieurs lois visant à forcer les fainéants à se mettre au boulot, les récalcitrants finirent par être échangés contre des plus motivés, peu onéreux, et dont on avait la garantie qu'il ne saurait pas lire leurs contrats de travail ni hausser le ton. Dominique de Mie de Pain, président du conseil de l'époque l'avait bien précisé : les vacances étaient fini, alors à tous ceux qui "profitaient du système", préfèrant les produits de la banque alimentaire où des restos du coeurs aux tête de gondole de chez Carrouf, c'en était fini des beaux jours, il allait falloir s'y mettre et participer à l'effort de guerre du pays contre... (contre quoi au juste?) N'importe quel boulot pour 700 euros par mois ! "Un travail précaire vaut mieux que pas de travail du tout ! entendait-on chez les têtes pensantes du Medef. Au 20éme siècle siècle les mêmes soutenaient qu'en dessous des 60 heures de travail hebdomadaire l'ouvrier peinait à s'épanouir, que le travail à la mine à 14 ans formait la jeunesse.
Ouvriers Qualifiés de Nestlé apprenant dans la joie leur prochaine délocalisation.
Coup de grisou pour les précaires, à présent que les sociologues ont défini la classe des "travailleurs pauvres" y'a plus qu'à foncer ! Les chinois le font, pourquoi pas nous ? Ce nivellement par le bas de la valeur travail marque l'avènement d'une nouvelle ère, une forme de STO va s'instituer, travail obligatoire pour les sur-diplômés ne trouvant aucun débouché, CDI lentement transformé en CDD avec des périodes d'essai s'étalant sur 2 ans, ce qui signifie, puisque la précarité n'est pas qu'un mot, une mise sous tension permanente chaque jour de la vie de l'employé, l'absence totale de confiance dans le lendemain. La peur en somme, cette même peur dont Paul Virillo a bien défini le rôle dans la contrainte sociale et de contrôle. Ce qui pour les économistes produit un émoussement de la consommation, pour les salariés un déclin de leur santé, une dépendance plus grande à tout type de drogue permettant de tenir (anti-dépresseur, alcool, télévision). Pour ce qui concerne le logement, désormais que les propriétaires exigent de multiples garanties, le CDI précarité ne permettra pas de trouver des cautionnaires. S'ajoutant à la longue cohorte d'intérimaires habitués au ballotage de leurs droits, traités comme des pions on en sera bientôt rendu à reconsidérer la valeur boulot comme une valeur dépassée.

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mardi, 28 juin 2005
El Fernando sur le 38éme parallèle

Votre serviteur est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, ou si peu, une petite expédition sur zone industrielle de temps en temps, une baignade dans une carrière inondée, une visite au camp militaire de Coëtquidam entre les fausses baraques de béton, les cibles géantes et les ballets des Rafales sur la forêt de Paimpont, ça fait mon bonheur. Quelques heure de base-ball avec mes potes aussi, manière de justifier mon surnom d'el toro et puis retour aux écrans géants, pop corn dans les allées, Suzy la guichetière délicieuse, pommettes hautes, grands yeux calmes, et gestes brouillons quand elle rend la monnaie, (sûrement mon charme latin). J'ai prévenu Suzy, elle me verra beaucoup, je vais squatter la feutrine des fauteuils tout l'été. Et pour commencer "Joyeux noël" de Christian Carion, [ça me rappelle un 15 aôut caniculaire où j'étais aller voir "La bûche" moins cher qu'un cône et même fraîcheur de vivre] un film sur la fraternisation dans les tranchées en 1916, entre allemands, anglais, français, une belle oeuvre européenne pour célébrer l'apaisement d'un continent déchiré durant des siècles.
Adepte du coq à l'âne depuis un séjour marocain aux cascades d'ouzoud, (mais ça fera l'objet d'une explication prochaine) je n'ai pu m'empêcher en pleine projection de me souvenir de cet autre film : JSA, autrement plus intense et habité et traitant du même sujet humaniste: la fraternisation en temps de guerre, au-dessus des impératifs nationaux, idéologiques, le quotidien, le ressac de la petite humanité qui oublie les armes et la connerie de l'affrontement. La simplicité en un sens qui tente de se frayer un chemin au grand jour. Dans JSA, film de Park Chan Wok qui réalisera 4 ans plus tard "Old Boy", c'est d'un autre pays dont il est question, où les tranchées n'ont guère été comblées en 50 ans.
"La division contemporaine de la Corée remonte aux suites de l'occupation japonaise commencée à partir de 1905. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Corée a été divisée en deux zones par les puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS. En 1948, le Sud et le Nord se constituaient chacun en un État indépendant, un Nord communiste, et un Sud sous influence étatsunienne. En juin 1950, la Guerre de Corée commençait. Le Sud était soutenu par les États-Unis, le Nord par la Chine. L'accord de cessez-le-feu de Panmunjeom, signé en 1953, a mis fin aux combats mais pas à la guerre, qui n'est, en 2004, toujours pas officiellement terminée. La péninsule de Corée est divisée par une zone démilitarisée (DMZ) aux alentours du 38e parallèle. C'est la zone la plus militarisée du monde." Source : Wikipédia
La Corée, où la guerre de tranchées la plus longue de l'histoire, de part et d'autre de la frontière la plus explosive au monde. Les militaires du nord, obéissant à un régime dictatorial, qui fut communiste avant d'être stalinien, où les famines se succèdent à l'abri derrière un rideau de fer, pas d'images, à part peut-être de temps à autres les retours au compte goutte dans le sud de quelques membres d'une famille déchirée, les militaires du sud et la guerre froide entretenue, la course au nucléaire, le chaud et le froid. C'est une dialectique de la violence entre nations jumelles, un corps fendu en deux dont les membres s'afrontent à l'infini. Le cinéma Coréen est de qualité, de grande qualité même, on en a la certitude depuis les années 80, et le récent déferlement de films de genre, de sabre (Bichumoo) et policier (memories of murder), mangas (Wonderful days) et kimkiduckerie (Samaria , locataires) confirme le constat. Im kwon taek, réalisateur prolixe d'une centaine de film avait montré la voie, "Les monts taebek" surtout détaillait les basculements d'un village situé sur le 38 ème parallèle et passant successivement du Nord au Sud. Le Mont Taebek considéré comme la montagne mère du pays, un endroit de beauté et de tolérance, à voir ce lieu déchiré, ces familles imploser, ces individus forcés de choisir entre deux feux, et c'est toute l'âme coréenne qui s'explique : cet omniprésence de la violence et de l'absurde. Ces 20 dernières années le cinéma coréen a mûri, ses cinéastes ont digéré la culture us et travaillent sur cette séparation et ses effets dévastateurs. Pour l'histoire la Joint security Area c'est la zone tampon, le no man's land de la séparation, où surveillent inlassablement les vigies en uniforme. Risquant de mettre le feu au poudre un double meurtre en pleine casemate des gardes communistes va forcer tout ce petit monde à enquêter. Pour l'intrigue évidemment je ne dirais rien, mais il faut souligner que si le film s'entame assez classiquement comme un "whodunit" (Kikatué?) de plus. Les flash back vont se charger de nous attacher lentement aux personnages, on retrouve Song Kang-Ho déjà vu en détective roublard dans "Memories of murder" et sa gueule fatiguée personnalise pleinement une Corée lasse de reconduire le malaise, jour après jour, il est celui qui a voyagé, qui dans un pays fonctionnant en autarcie sait qu'il existe d'autre modèles. En face il y a le jeune soldat du sud, avec un sens de l'honneur et une bonne dose d'idéalisme. Tout soldat surpris en train de parler avec l'ennemi est fusillé, ceci dit, il reste des tas d'autres moyens de communiquer autrement que par les mots. Il y a la bouffonnerie, la chasse au lapin, la musique... et comme dans le plan de fin on devine derrière les postures, le sérieux des uniformes que ces déguisements ne tiendront plus longtemps, on l'espère en tout cas. Mais "la grande muette" en kaki n'aime guère les histoires qui finissent bien.

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Benacquista à l'épreuve du vécu

L'auteur est devant la vague, tout petit, presque invisible mais nous le voyons, (l'image vaut ce qu'elle vaut mais pour qui connait la sensation du mur d'eau qui vous course, l'urgence du moment, cette peur là est assez proche au fond de la difficulté d'écrire, de tenir une histoire de bout en bout, toujours en surface, sans sombrer, sans se précipiter, à l'instinct et en rigueur.) Tant qu'il écrit il ne faut pas qu'il se retourne, le mur d'eau le talonne. Démesuré ? Machoires implacables et bouillon qui vont l'emporter. Minuscule ? Quasi invisible, un glacis, et c'est que le livre sera tombé dans l'oubli, mort-né, promis au pilon. Un bouquin qui fait se lever la vague, est un bouquin réussi. c'est aussi simple que celà.
Parce qu'il faudrait écrire à chaque fois aux auteurs après une lecture marquante, après le choc ou l'inertie de les avoir lu. Parce qu'ils en ont besoin de ce surcroît, de ce coup d'oeil pour leur expliquer un peu de ce qu'ils ont tenté de nous dire. L'indifférence, l'envie, l'amitié que nous lecteurs tenons pour leurs personnages embarqués ou paumés, la méprise où ils se tiennent aussi en croyant que travailler la matière, la rendre malléable, faire des actes d'un quidam une réalité tangible, évocatrice au moins est sans danger.

Il y a dans les bouquins de Benacquista une véracité qui transpire, comme s'il cherchait à nous persuader de sa prise au réel, de son ancrage dans le quotidien. Je pense le contraire même si le quatrième de couverture insiste sur les petits métiers de l'auteur, ouais il a vécu le gars, baroudé même et tel un Conrad urbain, affrontant les milieux mondains il a ramené de la tranche de vie, du vrai, du décor à la Trauner, pourquoi pas du roman social... non franchement c'est autrechose, cet auteur là rêve d'aller vers de l'éthéré, de la fluidité romantique, loin de la comédie de moeurs, il s'intéresse à l'intime, aime ses personnages, et plus encore se délecte de la fiction.
Pour "Sur mes lèvres" et "De battre mon coeur s'est arrêté" Scénario et adaptation de Benacquista, Jacques Audiard l'a bien saisi d'ailleurs ce minimalisme : au plus prêt des visages, dans leurs souffles, caméra scotchée, focale épousant le chemin de personnages qui dans l'urgence ne voient jamais loin, tentent avant tout de s'en sortir, pour qu'au final enfin la caméra prenne du champ, les laisse respirer, grandir hors-champ. Elle est là la morale de Benacquista, au bout de l'histoire, à la dernière page, les personnages sont libérés, inutile d'imaginer une suite. La vie reprend son cour. Un point c'est tout.
Dans "Malavita" il y a de celà, cette urgence, cette réalité qui colle aux semelles, le parrain seul condamné pour plusieurs vies à l'enfermement prend son temps, savoure, et on croirait retrouver les boss des "Affranchis" de Scorcese mitonnant leurs petits plats, pépères derrière les barreaux. Chez Benacquista c'est ainsi les personnages louchent en permanence vers un écran de cinéma.
Et au milieu de "Malavita" il y cette zone de transit, cet épisode en un chapitre qui fait toute l'histoire et résume tout le style de Benacquista, toute sa petite entreprise, un chapitre, le 5, comme un axe autour duquel le roman tourne, l'axe et son rebondissement que nous ne révèlerons pas ici. Mais pour un bon mot, le fil rouge sera un journal de lycée traversant l'Atlantique, passant entre toute les mains, un fils s'adresse à son père à quelques milliers de mètres d'altitude. Entre un passé qui s'apprête à rattraper cette famille d'italo-américain repentie réfugiée en Normandie, le présent qui taraude un jeune couple, et ces solitudes en ballade dans les aéroports internationaux, l'auteur par ce chapitre "goutte d'eau" va libérer son histoire et offrir de grandes pages d'émotion qui à elles seules rendent ce "Malavita" incontournable. Probablement le meilleur roman de Tonino Benacquista en bonification permanente. Respect. Belle vague.
PS: Deux très bons articles de l'express détaillent l'histoire et la biographie de l'auteur.
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lundi, 27 juin 2005
Nouvelles du parloir

" Où l’on attend. Le parloir est de ces étapes imposées pour ravitailler la cale, inonder les sens d’une nouveauté pressentie. Odeurs, froissements, frôlements de tissus rêches. Le cliquetis de serrures n’est déjà plus qu’une information parmi d’autres. Je tâche d’économiser chaque geste, scrutant l’hygiaphone comme seul horizon. L’hygiaphone qui me malaxe, m’entame, m’étrangle savamment. Non, ils ne croient pas que parler me soulagera, ils se fichent du soulagement, la croyance en la cérémonie seule suffit.
Le parloir est un lieu qui vous reçoit, hôte, juste le temps d’abreuver les terres en friche. Rien que la fine gouttelette, la maigre rainure que creuse l’eau à même le sol nu et sourd.
Celui qui vient, celui qui sollicite pourrait n’être qu’une ombre singeant la défense, un bourreau en villégiature. Il marque de sa présence en négatif l’endroit d’où devrait se manifester l’écho. Je l’observe vaguement, sans attentes particulières. Si l’envie me prenait de l’épier il tirerait le rideau. Quel profil admirable, cette belle prestance des certitudes entretenues, cette omnipotence qui s’affiche, presque palpable. A peine un visage, juste une insupportable causerie. Du bon côté, rênes en main, il interroge, griffonne, fait mine de savoir quand il est à cour d’inventions. Tout cela me blesse et m’indiffère. Quelle nouveauté suis-je en droit de réclamer ? Exiger peut-être pour que la farce soit complète que l’on fasse mine de me laisser sortir. Entrer, sortir, je ne sais plus bien à quoi tout cela correspond. Pousse t’on un homme au hasard sur une scène aussi nue ? Sous cet éclairage de néons faméliques ? Pour qu’on neutralise un homme à ce point il faut d’autres raisons, d’autres principes.
Je gesticule, cela va de soi, puisque le moindre de mes mots à peine libéré est jeté à bas, épousseté comme on le ferait de miettes sur une table. Sans les mots, comme un simple pantin spectateur d’un funeste jeu pratiqué sur sa dépouille.
L’enfermement pour une heure encore, pour la vie entière prolonge la peine.
Une seule fois accepter le jeu, accepter que l’on cloisonne ma parole, que l’on me dise où et quand je pourrais faire montre d’humanité, c’est le signe premier de la perte de ma condition d’homme.
« Faites là où on vous dit de faire ! Déféquez ! Mangez ! Parlez ! » il ne reste plus qu’un buisson d’actes conjugués à l’impératif. Il faut bien que le corps se purge, on ne parle plus pour être entendu, on ne parle plus d’ailleurs, on joue les naïfs ou les muets. Un juste assemblage d’organes, aussi catégoriquement soumis qu’un rat de laboratoire. Et le naïf laborantin fait jouer encore une fois sa clef dans la serrure. Retour à la cellule, à l’essentiel. Le loquet tourne comme par miracle, je reste assis, patiente la prochaine ronde. Et sous ma fesse glisse le monde."
L'observatoire international des prisons le rappelle, les prisons françaises sont douloureusement surchargées et source de bien des drames : suicide, agressions, maladies mentales. Le débat nécessaire concernant les prisons rebute tout le monde parce qu'une forme de "bon sens populaire" juge depuis toujours que les prisonniers, les "punis" méritent leur sort. La question ici n'est pas sur les peines mais sur les conditions d'incarcération, sur la dignité bafouée. Le très bon article de Stéphane Artéta dans le Nouvel Obs décrit parfaitement la situation en juin 2004, depuis rien n'a changé. Il convient de souligner que la situation dans les prisons françaises est un scandale complet. On juge une société à sa façon d'appliquer la loi, de protéger les faibles. Les lois élémentaires ne sont tout simplement pas respectées dans les prisons. Rappelons que les incarcérations de très longue durée ne représente qu'un infime pourcentage et que la vrai question au bout de tout celà est celle de la réinsertion. Comment se réinsérer quand on ressort broyé, fou ou définitivement associal du cloisonnement ?
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Oberour ar maro
La crainte des Bretons apparaît à l'évocation de l'Ankou, en breton 'Anken' signifie chagrin, 'Ankoun' oubli. Personnage clef des légendes bretonnes, l'Ankou est la personnification et l'artisan de la mort. (oberour ar maro)

A l'aube en sueur agité, cavalant du lit à l'entrée, horizon chétif de mes 10m2. Tout juste éveillé de ma nuit interrompue, maudissant le sommeil et les horreurs couvées. Les cauchemars sont les rêves qui ne vous calment pas.
Tout avait concouru à rendre cette nuit plus interminable que les autres. Vers deux heures du matin, j'avais fini par m'endormir, fuyant les you-you acides d'une tristesse insupportable. Mélopée de femmes tournoyant plusieurs minutes dans la rue vide, répétition inlassable et stridente de chants berbères pour m'annoncer la nouvelle de sa disparition. Au matin mes muscles s'en ressentaient encore, tendus et secs, douloureux.
Le rêve s'engage dans un souterrain, entre les couloirs sombres et humides d'une fosse, devant moi, des galeries voûtées, de larges et hautes fresques couvrent les parois, des tableaux de massacre peints de couleur vives, le rouge domine mais je ne remarque qu'un couleur fauve se diffusant alentours. Toutes mes sensations se sont soumises au poids de ce brouillard cramoisi. L'histoire est écrite dans le sang, des hommes aux traits déformés par la rage s'entretuent à l'abri de venelles noirâtres, sous la cloche d'un ciel gorgé d'eau. La St-Barthélémy où la fièvre des tortures de l'inquisition, partout ce n'est que représentation vivante de la terreur. Les yeux d'un cavalier au pic ensanglanté tombent sur moi sans une hésitation, je m'attends à ce qu'il descende de cheval et pointe sa gâche vers mon torse, mais l'image reste fixe, l'acier des armes scintille. Plus loin, fasciné, courbé ridiculement, incapable du moindre mouvement, j'observe qui éventre et découpe des membres, qui jette ses forces pour tuer. D'autres lances percent des flancs, partout des plaies béantes, des peaux violacées happent le regard et vous entraînent. Dans le tunnel je ne peux que continuer, poursuivre mon chemin, sans me soucier de ce coeur qui bat à tout rompre. Le ciel est sans lumière, je pénètre une salle plus haute, et plus impressionnante encore. Nombres de tréteaux sont disposés au petit bonheur, j'y découvre des pièces grossières de bois sculptés, figures humaines, têtes et bras, de longues jambes filiforme. Des silhouettes s'activent au-dessus de cet étalage macabre, des hommes vêtus de large bure, la tête encapuchonnée. Dans l'immédiat je ne vois que leurs mains nues disposant de fines lamelles de chair à la tête de chaque effigie de bois, certains s'agenouillent devant l'alignement. a défaut de fuir où de me cacher, je subis de front l'activité de ces cuisines, les lambeaux de cadavres s'alignent, une étrange hilarité m'envahit, grignotant mes restes de sang-froid. Pris d'un fou rire grotesque je hurle soudain, pointant le doigt vers chacun d'eux, je les insulte : ils n'honorent pas les corps des défunts mais du bois mort. Ils se trompent ! Ils se mentent ! La chair, les os, nos eaux, notre sang, tout celà pèse infiniment plus lourd qu'une piècede bois mort. Nul ne me prête attention. aucun ne se détourne ou n'interrompt son office. Ils sont imperturbables. Mais l'un d'entre eux, drapé de noir et qui se tenait à l'écart feignant l'immobilité, vient de bondir sans frein. Il m'empoigne. Nous commençons à nous battre, mais d'une manière si lente, si figée, que chaque geste se décompose et m'apparaît par flash. Je vois venir les coups avant qu'ils ne m'atteignent. Je sais combien la douleur sera vive mais ce n'est guère suffisant pour m'en défaire, la lucidité ne préserve pas du réel. Petit à petit, la lutte glisse vers un corps à corps , nous nous saisissons au visage. mes doigts cherchent sa face, j'explore avec violence, tire sur un bout de chair, sous l'action décomposée les visages se déforment comme s'ils étaient fait d'une matière malléable, ils s'affaissent, comme une chaude patte à modeler. C'est un combat que je ne peux pas perdre, que je ne dois pas perdre. L'enjeu en est, me semble t-il, démesuré. La lutte se poursuit indéfiniment, infiniment, entre nos doigts qui tiraillent et s'agrippent, tout notre hargne s'incarne. Trouver une prise et ne plus la lâcher, se suspendre de tout son poids, s'il le faut. Mon index soudain s'enfonce profondément, un liquide chaud s'écoule de l'orbite, de jointure en jointure. Dans un hurlement démesuré je le repousse de toute mes forces. Un borgne. Il n'émet pas une plainte et revient à la charge, le combat n'en finit pas, il a cédé pourtant, a même manqué de s'effondrer.
Je m'éveille en sursaut, sans souffle, alors même qu'arc-bouté c'est lui qui me fait plier. Je palpe les draps pour me rassurer. J'étais revenu, cette angoisse qui depuis des jours me poursuivait invisible, passant comme une traînée de poudre, cette chimère portée par un cauchemar fit rendre l'âme à me boyaux. Le borgne avait pris forme concrète, son fiel s'était correctement écoulé dans mes rêves jusqu'à l'abject. Au delà du seul dégôut inspiré par son teint bleui de cadavre, la peur lui avait petit à petit construit une réalité.
L'opacité est obsédante, que dire aux personnages qui vous inquiètent jusqu'à vous pousser dans vos derniers retranchements ? Comment leur dire quand il ne s'agit que s'adresser au vide ? Il me falllut des jours pour me remettre de ce cauchemar, j'essayais bien de me raisonner mais c'était inutile les images s'étaient calquées sur ma rétine. Voûté, cerné dans l'atmosphère obsédante de catacombes de bazaar, le souvenir de la lutte restait le plus tenace, et dans cette fin qui n'en était pas une tout laissait craindre que ce borgne revienne pour terminer le combat. Combien fut longue cette minute, cet instant où l'on suffoque, combien l'oppression qui n'est qu'un mot porte en elle l'avant-goût silencieux de la mort. On étouffe, on est là, enterré vivant, bien vivant mais privé d'une fonction primordiale, à peine soi-même, tout ce qui nous reste d'humain n'est que douleur. Et quand l'air revient on fait plus de bruit qu'un cargo rugissant, les poumons absorbant tout l'air de la pièce. Quand pourrais-je me permettre d'éprouver un sentiment libéré que la mystification de la rage ne couvre pas ? (à suivre dans Journal 333.)
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