jeudi, 01 mars 2007

"Editions Danger Public" à mettre entre toutes les mains.

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Lecteur référent depuis peu pour cette maison d'édition (excusez du peu) à la politique éditoriale politiquement claire et ouverte au débat, j'en profite pour faire leur pub. Cliquez sur la bannière pour visiter leur blog.

Danger Public est une maison d’édition française créée en 2002 par Philippe Moreau (journaliste né en 1973). A l’origine, elle avait pour objectif de publier des textes sur deux supports : le papier et l’Internet. Le nom « Danger Public » est d’ailleurs une référence à une phrase de Françoise Giroud publiée dans les colonnes du Nouvel Observateur : « L'internet est un danger public puisque ouvert à n'importe qui pour dire n'importe quoi ».

Source: wikipédia 

Etant un peu n'importe qui et professant n'importe quoi, je tâcherai prochainement de livrer quelques notes de lecture concernant leurs dernières publications. surtout l'excellentmedium_Couv_Lettreouverte.jpg

 

mercredi, 28 février 2007

"La raison du plus faible" en temps d'élection.

podcast

medium_la_raison_du....jpgQuel bruit ça fait le désespoir des pauvres ? Je le connais pourtant ce bruit, non c'est pas dans le feutré, c'est pas l'écho de la souffrance sur un plateau où "100 gens de tous les jours" s'émeuvent et s'étalent face à des candidats au changement, non le désespoir c'est silencieux, c'est refoulé, c'est petit comme un pépin au dedans, dense comme un noyau atomique, ça menace de péter, de partir en vrille, mais ça se tient, ça sert les dents, le désespoir ça a de l'honneur et quand y'a plus rien à espérer, quand à force de dire "on verra venir" on sait même plus ce qui doit venir. C'est digne voilà ce que c'est. Comme ce RMIste contraint de creuser lui-même la tombe de son père faute de monnaie sonnante et trébuchante. Les croquants aiment s'émouvoir, se réveillent quand les images sont spectaculaire, quand la misère est catastrophique, noyée sous les eaux, alignée sous des tentes rouges. Mais à la vérité c'est petit la misère, c'est fait de petits riens et d'entraide, c'est des jardins ouvriers c'est le gars tout seul qui surveille sa chaine, le bruit  des bouteilles qui s'entrechoquent, tintement du verre. L'oeil aguerri pour traquer celle qui sort du rang, la bouteille couchée qui menace le cheminement de l'ensemble.

Les mots des candidats ça pèse que dalle  face à la misère du jour le jour, au trimard du jour le jour, sans plus rien comme raison d'espérer sinon d'imaginer qu'entre  un casse et le loto y'a ptet une solution. les fragiles, les soumis, les étiquetés, les jardins ouvriers, y'a dans ce film une chose qui crève  les yeux : Rien  ne change vraiment , la pauvreté ça se prononce différemment, ça s'anglicise, on fait des "working poor" mais  ça  pue  toujours l'ennui, l'humiliation, l'espoir décu. Y'a dans ce film, les remerciés de la grande industrie, les diplômés sans job, les ex-taulards grillés tentant de se réinsérer sur le fil, y'a une boule dans la gorge. Parce que c'est quasiment de la tragédie grecque, un destin sans porte de sortie, malgré l'orgueil et la rage de s'en sortir. C'est inutile de raconter l'intrigue : en gros,  y'a des gars qui voudraient payer une mobylette à un pote pour que sa femme se crève plus à prendre le bus pour aller à l'usine.  Et comme toujours, quand on n'a pas le pognon l'imagination fait le reste, ça nous parle du phénomène des vases communicants, le trop plein d'un côté et rien de l'autre. C'est silencieux le désespoir, c'est Lucas Belvaux en "taiseux" malmené par la vie. Rude mais juste.  

Le DVD sort le 8 mars  si vous aviez aimé la trilogie Cavale, Un couple épatant, et Après la vie vous retrouverez la même intensité sincère.

mercredi, 21 février 2007

Mentir. Télévendre.


podcast
 

medium_bloody_flat.jpgCet après-midi vers 16 heures je me suis levé de ma chaise. Un vent froid a traversé mon petit espace confiné trouant la moiteur agité de la ruche. Ca faisait bien 10 minutes que j'observais mon écran sans esquisser le moindre geste, un bourdonnement incessant dans l'oreille, un mal de crâne montant de très loin, pas seul non, mêlé à de l'écoeurement aussi. Un trop plein, plus qu'un bourdonnement c'était proprement aussi asphyxiant qu'un claquement de milliers d'ailes de chauve-souris dans une salle blindée de néons. Mal de crâne et bourdonnements, 40 Dominique Lepage, assis devant leurs écrans, casques sur les oreilles tous comme un seul homme poursuivaient leur harcèlement téléphonique : "Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour, Dominique Lepage Bonjour...".

Avant mon départ je n'avais passé que 60 malheureux coup de fils, pris 6 rendez-vous, une broutille pour tout dire. Moi Dominique Lepage parmi les Dominique Lepage puisque la règle veut qu'on commence toute conversation par un mensonge : un faux nom identique pour chacun, avec un prénom mixte pour éviter les méprises.

Les compagnies d'assurance explorent chaque jour de nouveaux Eldorados. Elles sont les rois du pétrole, dans une société où la peur dicte une majorité des démarches du consommateur, elles offrent des garanties fiscales, sécuritaires, parce que le monde est plein de voleurs, d'imprévus, de fâcheux prêts à vous faire un procès pour un oui pour un non. Un avenir fragilisé c'est la garantie de nouveau "prospect". Et par ailleurs elles ont maintenant développé leur volet banque, retraite par capitalisation. Les compagnies d'assurance indiquent la voix, elles anticipent sur notre futur proche et pour baliser le terrain elles recrutent via des prestataire des télévendeurs, niveau bac + 2 nécessaire, à 1000 euros par mois, du bétail mal payé, formé gratuitement au marketing direct et lâché dans la mêlée.

J'étais curieux d'essayer ce job de plus et puis c'était la seule opportunité du moment.  Je trimballais mon "Droit à la paresse" de Lafarge dans la poche revolver, un Charlie Hebdo sur le tableau de bord de ma caisse aussi, histoire d'afficher ma ferme hostilité à l'agitation de cette antichambre néo libérale. Après avoir passé les barrages : entretien téléphonique, formation non rémunérée s'apparentant à du bourrage de crâne façon Programmation Neuro-Linguistique. J'ai tenu bon, 2 jours seulement. Et puis un éclair de génie : je ne peux pas faire ça, je boufferai des nouilles le temps qu'il faudra mais non, les gens ne méritent pas que leur téléphone devienne un bouche ouverte sur un puit de bizness. La pub s'insinue partout mais de là à participer à la grande messe de l'hypocrisie ...

medium_télévente.gif"Faites sauter les freins psychologiques du client et les votres !" Le terme de frein psychologique désigne tout ce qui pourrait mettre des bâtons dans les roues à l'optique de vente. Un frein c'est votre éthique, votre morale. Pourquoi vendre à un chômeur qui n'a pas d'argent ? Là vous avez un frein, vous vous identifiez, grosse erreur. J'ai d'ailleurs vu quelques collègues s'épancher en remerciements baveux : cette formation express les avait révélé à eux mêmes : "mince je n'avais pas conscience de mon surmoi, vivement que je fasse sauter les freins pour aller vers le zéro scrupule !" Manière lavage de cerveau et secte stressos : chasser aussi "notre tendance socialisante" c.a.d notre part d'humanité. On débiterait mécaniquement comme des perroquets pour coincer le prospect, l'amener dans l'entonnoir quoi qu'il fasse. Contraint et coincé par la nécessité de faire du chiffre.

Ce genre de métier tourne autour d'un vocabulaire, d'un jargon, développé par des psychologues de l'école américaine qui pour aller vite cherche à manipuler  le client comme Pavlof stimulait son chien. D'une part on ne prend pas le client pour un lapin de 6 semaines, non ces gens là ont des émotions. Toujours respecter le gibier sinon il vous sent arriver. En plus de venir déranger les clients chez eux il restait ensuite à les traquer comme on coince une poule au fond d'un poulailler, c'est la technique de l'entonnoir. Ami fragile, timide, fatigué de répondre au téléphone sache que l'entonnoir est ton second chez toi. Sitôt développé l'argumentaire de vente et les plus produit le sourire téléphone viendra te cueillir toi le pigeon qui n'aime rien temps "qu'on te parle de toi" . On ira jusqu'à reprendre tes mots, traquer le SONCAS pour Securité Orgueil Nouveauté Confort Argent Sympathie car avec le PPISS rien n'est impossible.

POLITESSE   . La prise de contact est un papier cadeau.

PRESENTATION   Amusez-vous ! 

IDENTIFICATION Je comprends

SYMPATHIE

SOURIRE 

 au préalable on aura banni de son vocabulaire tous les mots noirs : "ne pas , petit, problème, ne vous inquiétez pas, non, souci"

En réfléchissant il s'agit bien de parler à moitié, d'éviter les malentendus alors que le langage même se base sur l'incompréhension et sur la nécessité de négocier en société pour se comprendre. Non il n'est pas question de négocier  mais de vendre, si vous laissez le choix, le client dira non. Donc si on résume des chômeurs n'ont pas le choix : ils acceptent un sale boulot faute de mieux, les particuliers n'ont pas le choix ils décrochent leur téléphone, les actionnaires des compagnies d'assurance n'ont pas le choix : il doivent engranger des dividendes pour... pour quoi déjà ? Ah oui pour se préserver dans un monde de moins en moins sûr. Et ainsi de suite... Les candidats à la présidentielle ont remis la valeur travail au milieu de leur préoccupation. Mais de quel travail s'agit-il au juste ? 


la méthode en ACIERmedium_470_cellphone2_0.jpg

Accepter : "je comprends"

Creuser : "qu'est-ce qui vous retient ?" 

Isoler : "c'est bien la seule chose qui vous gêne"

Eclairer : " alors je vous rassure ... c'est sans engagement"

Relancer : "alors que préférez-vous ? En début ou en fin de semaine ?"

 

Désormais vous êtes cernés. Ne répondez plus au téléphone !

Prochainement EL Fernando blanchisseur. 

Musique : Cold Wind/Arcade Fire 

 

lundi, 23 octobre 2006

Les Straub, Bouna et Zyed un an plus tard, des images d'aujourd'hui.

medium_straub2.jpgJe me souviens de cette émission : "le cercle de minuit" présenté à l'époque par Laure Adler, c'était il y 7 ou 8 ans et Paul Virillo, Enki Bilal, JM Straub et Danièle Huillet débataient du pouvoir des images. Les Straub surtout m'avaient impressionné, au sens où leur paroles, leurs présences m'avaient paru emprunt d'une indéfectible vérité, images liées aux actes et à la parole pleinement militante. Il était question de modernité et de la portée des images, du contrôle par et sur les images...

Laure Adler : qui contrôle ?

Paul Virilio : la peur. La peur d'être pauvre, d'être perdu, vaincu. La peur est la grande maîtresse du monde.

Danièle Huillet : la guerre civile en Yougoslavie...

Laure Adler : l'image devient un valet de notre peur collective ?

Paul Virilio : on a hérité d'une image qui est sortie de la dissuasion, d'une époque de la terreur, et même d'équilibre de la terreur, et il va falloir débarbouiller cette technique de tout cet impérialisme de la dissuasion, de ce résultat du complexe militaro-industriel. Écoutez Deleuze ! On va vers des sociétés de contrôle !

Jean-Marie Straub : je suis tout à fait d'accord, c'est très beau tout ce que vous venez de dire là, c'est la première fois qu'il y a des choses claires et sensées depuis qu'on est ensemble. Cet impérialisme-là, il vient d'où ? Comment va-t'on se débarrasser de l'impérialisme ? On va laisser Silicon Valley fleurir ? On est complètement colonisé !

Paul Virilio : on va continuer à faire ce qu'on fait, des dessins, des livres et des films.

Vous retrouverez d'ailleurs une retranscription de cette entretien içi. medium_straub.jpg et toute une série de liens autour de leurs oeuvres. Quelques semaines plus tard je les avais croisé dans le métro. Ils étaient debout et en pleine discussion et je n'avais osé les interrompre pour sortir une banalité d'aficionado. Depuis ils ont fait des films, ils ont continué. Danièle Huillet vient de mourir, et c'est l'occasion pour pas mal de monde de redécouvrir ces cinéastes, au sens exact du terme, pas des faiseurs d'image, non, mais de véritables porteurs de sens. Plusieurs articles d'Olivier SEGURET dans Libération détaille la portée de leur dernier film. et leur rapport au professionnel de la profession. et d'autre choses... Pour ceux qui ne savent pas qui sont Jean-Marie Straub et Danièle Huillet il faut souligner combien depuis leurs débuts ils sont dans leur temps. Ce petit film sur le site de pierregrise.com vous le prouvera. Puisqu'il parait que c'est l'anniversaire des émeutes...medium_pierre_grise_distribution.jpg CINETRACT. Le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, trois jeunes garçons affolés, poursuivis par la police, se réfugient dans le périmètre interdit d’un transformateur électrique. Deux vont mourir, brûlés vifs, Bouna et Zyed. Si vous en pleurez encore...medium_straub_arton54.2.jpg

Lueur dans l'obscurité. "Kekexili" et "Les fils de l'homme"

On m'a raconté un nombre invraisemblable d'histoires, j'en ai oublié beaucoup. Les deux dernières sont des paraboles sur une humanité en train de se cogner à son destin. Non, des illustrations réalistes plutôt, des destins d'humains friables, contraint à un instant précis de prendre une décision importante pour une cause. Cette cause pour "les fils de l'homme" c'est rien moins que la survie de l'humanité. Cette nervosité là il là connaissais trop. Du moins il en connaissait les prémisses, les effets, l'incomfort de ses accents. A lutter contre cette intranquillité il s'épuisait dès l'aube et passait ensuite des journées possibles peut-être, à demi-éveillé. Dans une sorte d'hypnose implacable diluant le temps entre deux fenêtres de lucidité. Il était cet ours au fond qui, d'une dernière hibernation a choisi de ne pas revenir. medium_children_of_men_14.jpg Tel est le personnage joué par Clive Owen dans le dernier film d'Alfonso Cuaron : "Les fils de l'homme." Choqué par l'ampleur du chaos qui l'entoure, par la complexité des choses il ne s'implique plus, persuadé que sa contribution ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de chaos. Il faudra plusieurs chocs pour qu'enfin il se revéille et s'invente un destin. C'est actuel, non seulement parce qu'on y brasse de la matière future à court terme, le héros pourrait être né en l'an 2000. En 2027 sur une planète promise au chaos puisque les femmes ne peuvent plus donner la vie il est question de quelques plans séquences pour mettre en perspective le destin d'une personne avec un but, une mission au milieu du chaos et de la violence . Ce serait pour ainsi dire un reportage en pleine débâcle, en pleine effusion instinctive. Un concentré de ce que sont toutes les guerres civiles. Le film très abouti visuellement nous présente un futur justement réaliste, un futur qui d'une certaine façon ne serait qu'une agravation de nos maux actuels : destruction écologique, fanatisme, terrorisme, obsession de la sécurité et du contrôle. Quand "1984" en son temps nous renvoyait l'image de nos sociétés d'information sous contrôle, contrôle de la pensée avant tout. "Les fils de l'homme" nous renvoit l'image dune humanité gémissante, constatant sa perte de repère, perdue et fonçant dans le mur le plus vite possible comme s'il lui tardait d'en finir. le personnage joué par Michael caine est comme une balise rassurante au milieu du chaos de cette Angleterre faciste. Vieux baba, réfugié au fond de sa forêt, accroché à ses vieux principes, à sa musique, à ses joints... Ce film anticipe brillament sur ce qui arrivera si la dérive se poursuit, mais malgré le chaos il porte un message d'espoir. "Kekexili, la patrouille sauvage" est un choc. Inspiré de faits réels il y est question de la lutte entre les braconniers d'Antilope tibétaine dont les agissements menacent cette espèce de disparition et une poignée de patrouilleurs, guidé par un chef jusqu'auboutiste entre 1993 et 1996. Contrairement à ce que nous vend la bande-annonce américaine il n'est pas question d'un peuple qui se révolte dans des paysages splendides pour la survie de sa culture. Non, le propos est bien plus complexe et donc réaliste. Pas de Tibet de carte postale. La scène d'ouverture résume le film. On abat les antilopes et les hommes avec le même sang froid, leurs vies ont la même valeur. c'est comme-çi la nature tranchait quoi qu'il arrive. La valeur de la vie dans cette région est toute ralative, il n'y a pas à en discuter. La nature fait son oeuvre, on dépèce les cadavres pour les vautours, que la chair alors retourne à son cycle. Ce qu'il y a de commun avec "les fils de l'homme" c'est l'atmosphère de tension, l'état de guerre permanent, l'abscence de paix possible sans sacrifices. Dans Kekexili un journaliste qui permettra à l'histoire d'émerger suit la patrouille, oeil extérieur il n'intervient pas. C'est le point de vue objectif de l'innocence que porte le nouveau-né dans "Les fils de l'homme". Mais à trop faire des parallèles on ne dit rien de vraiment essentiel, le seul intérêt au fond dans la confrontation de ces deux oeuvres c'est l'idée qu'elles portent de l'espoir, au milieu du chaos, de l'injustice, peu gardent des repères, mais tout se passe comme si l'intégrité de quelques uns étaient le gage d'un avenir meilleur. Très Christique comme morale, mais c'est là qu'est la modernité de jésus, il avait peut-être saisi un peu du sens de l'Histoire de l'humanité, elle n'avance qu'au prix de sacrifices et de mise en danger pour lentement, péniblement ouvrir les yeux.medium_kekexili.4.gif

mardi, 19 septembre 2006

le retour de l'outsider

medium_andre_lhote.2.JPGCa réchauffe le coeur de constater que malgré cette éclipse de 4 mois, la petite boutique continue de tourner, toujours des visites, la foule presque ! Et le blog survit grâce à quelques égarés analphabètes, quelques amis que je salue, et pas mal de curieux. C'est bon pour l'égo d'El fernando mais la statistique, le flicage permanent de vos visites pour tout dire jette le trouble. Qui sont-ils ceux qui sont venus, revenus, que voulaient-ils ? Que cherchaient-ils ? Et là terrible réponse. Les moteurs de recherche orientent visiblement l'esprit humain d'une manière inédite, en effet sans coup férir, certains pris d'une envie soudaine, d'une pulsion s'empare du clavier pour déverser l'approximatif, se perdre dans le flot, surfer dans le bouillon. Qui par exemple irait taper sur google : exemple de lettre pour la pose d'accessoires dans un immeuble; film jeunes filles violee par bigfoot; blog allongement le bout des seins;blog albanaise;façade en parpin que mettre dessus;quels fléaux guettent le 21ème siècle;ecran veuille chute d'eau et cascade gratuit;exhibition sur autoroute; Et ces phrases les ont conduit chez moi ? (je dis chez moi, bien qu'avec pas mal de lucidité je sois conscient que ces pages ne sont pas ma maison) enfin certains prennent ce site pour un Quid compilant bricolage, perversion sado-maso, prophéties de galerie marchande. C'est beau internet ma parole, on y trouve toutes les illustrations de l'âme humaine, et souvent ça sent l'ennui de l'internaute qui se demande s'il a vraiment quelque chose à chercher. Il faut se les représenter ces milliers décrans allumés, ces milliards de neurones qui crépitent dans tous les sens. La sur-individualisation qu'on pourrait appeler ça si on voulait. Heureusement il y a meetic pour les recherches ciblés... pour ceux qui ont de la suite dans les idées... le 21eme siècle est un siècle de spécialistes, compétents dans un domaine, compartimentant tout, avec des cases, des segments, des préférences nationales et de couleurs, la spécialité c'est la mort de l'imagination... Merci aux autres... et vive le dilettantisme

H 5 N 1


H 5 N 1
envoyé par breizhcontact

Le chinois est-il mon frère ?

la saga débute

Un petit parrainage pour des pas si jeunes qui débutent, Breizh Ninjas élevés au chouchen et doués pour tout, ils promettent un printemps saignant..

 

vendredi, 21 avril 2006

"On ne naît qu'une fois, on ne meurt qu'une fois, y se passe rien d'autre"

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El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ... 13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".

Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un yoyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir dans les quelques salles restantes.medium_tzametoi.jpg

mercredi, 05 avril 2006

Prophétie de clochardisation

medium_adimage.php_cpe.gifOussama, plombier volontaire dans les brigades internationales rejoint l'équipe de Mandjaro pour y pondre des éditos à sa sauce. Parutions irrégulières et bonne foi approximative. Bienvenue à lui !

 

 

 

 

 

 

brave patrie.com
A t'on encore l'inconscience visionnaire de nos vingt ans et demi ? Quand certaines menaces aujourd'hui posent déjà l'avenir fâcheux que l'on craint, ingéré, intégré, presque génétiquement inscrit dans les crânes de nos contemporains, nous continuons de douter au moins, de nous aiguiser le sens critique. Devrait-on parler de sarkozy ? Il me semble que nous devrons le supporter bientôt plus sûrement qu'aujourd'hui. Doit-on réutiliser des qualificatifs tel que vichyiste, faciste ? Quelle pudeur nous empêcherait de les remettre en lumière ? Sarkozy devient l'emblême de cette nouvelle existence du facisme "post-moderne". Les outils ne sont plus ceux de l'ère industrielle. Mais le projet faciste - si tant est qu'il s'agisse d'un projet et non d'une pathologie - est contemporain du cinéma, de l'usine, de la prison, de l'informatique et des nano-bio-technologies. Il suffit de faire à la Prévert une énumération pour avoir cet éclairage inquiétant, expressionniste que l'on se refuse à raisonner. Du plus visible au plus obscure nous nous rendons compte que les mots mènent aux actes.

* Sarkozy ne parle pas des gens, il parle de " nettoyer au karcher".

* De Villepin ne parle pas de supprimer le service public, mais de transférer du fonctionnaire "de là où ils pullulent à là où ils manquent". Où manquent -ils ? Nous ne sommes guère surpris d'apprendre que la police, la justice et l'armée manquent de bras...

* Une commission parlementaire (!!!) pond un rapport d'une indigence hallucinante baptisé Rapport Bénisti. Mais ce n'est pas une hallucination collective... "Dresser Redresser Evaluer", voilà le programme. cette émanation du Groupe d'Etudes Parlementaire sur la Sécurité Intérieure (GEPSI) se pose comme base scientifique pour un travail politique d'identification et de prévention de la délinquance. Les critères sont exclusivement extérieurs, superficiels, c'est à dire des critères imaginaires - de l'image, du son, des sens. C'est particulièrement indécent. Le "Monde libertaire" s'en fait l'écho d'ailleurs, avec la véhémence qui le caractérise. Mais une revue comme Vacarme publie les notes de lecture d'Ariane Chottin-Burger sous le titre : " On n'en croit pas ses yeux"... Elle dit : " La délinquance posée à la fois comme objet et comme destin est là pour légitimer les actions des "intervenants". Elle fonde l'autorité de l'alliance du répressif et du thérapeutique, forme moderne de contrôle de notre civilisation." Bref, le rapport évalue la déviance et désigne son origine : la "difficulté de la langue". "Seuls les parents et en particulier la mère (!) ont un contact avec leurs enfants. Si ces dernières sont d'origine étrangère (!!!) elles devront s'obliger à parler le français dans leur foyer pour s'exprimer. Et si le père réticent continue d'exiger de parler le pâtois du pays (!!!) il faudra dissuader ces mères de le faire. Interdit de parler breton et de cracher par terre...

 

medium_immigration_jetable.jpeg La délinquance est jeunesse d'origine étrangère. C'est là la pierre d'angle, le noeud de notre histoire. Il se trouve que cette fois, les actes précèdent les mots. Les "étrangers" sont les cobayes de cette "nouvelle" politique. Les "clandestins"... Petit à petit, ces politiques informulées d'exclusion violente, de rejet, d'enfermement, d'aliénation trouvent des voies de justification fondées sur des montages discursifs d'aspect scientifique. Le sort de ces clandestins m'intéresse particulièrement, outre mon affection quasi pathologique pour ces frères et soeurs, pour cette figure extrême de l'autre, outre cette insulte faite à l'altruisme qui nourrit notre civilité, j'y vois les prémisses du sort qui attend tous ceux que la norme dégoute ou rejette. Il faut voir le travail photographique de Sarah Caron, et lire celui d'Anne de Loisy journaliste qui a recueilli les témoignages des victimes dans la zone d'attente de Roissy. Il faut surtout lire les décrets et les projets de lois à la lumière de ces actes et ces situations. Ces travaux illustrent ce qui attend chaque réprouvé, chaque pauvre, chaque bouc-émissaire, chaque contestataire. Les camps, les prisons, les asiles sont les nouveaux (re-nouveaux) lieux de la condition des masses, remplaçant les anciens sites de production de masse, pour la masse, par la masse. Les conditions de cette "masse populaire" prolétarienne, divisée au possible par le communautarisme, la division du travail, (cette fois-ci pour des raisons de changement de nature du travail) et le corporatisme. Finies les grosses unités de production, les identifications de classe, la lisibilité des intérêts généraux !

 

 

medium_adimage.php.gifLe problème de l'immigration se règle donc en Europe à coup de camps, de peines, de brutalités et d'expulsions. Le problème du chômage se règlera ainsi : des camps, des bagnes, des brutalités. Et pour commencer Villepin prépare le terrain : " Je gouverne par décret" primo. Puis le 8 juin dernier annonce des "sanctions effectives en cas de refus successif d'offres d'emploi". Ceci signifie évidemment la suppression des allocations chômage. L'argent, le nerf de la guerre. Sans argent, grosso modo, un destin se résume à la "clochardisation". les clochards ne votent pas. Ils ne s'organisent pas. Mieux ils se battent entre eux et sont viscéralement écoeurant pour qui tient le haut où le milieu du pavé. Survivre est leur préoccupation principale. Et sans statut, sans protection, sans papiers, le chômeur transformé en clochard est à peu près certains de connaître les joies de l'aventure des "clandos". Avant d'être clochard engagez-vous dans la police ! Dans l'armée ! Et si vous êtes jeunes encore les meilleurs choix seront HEC, l'ENA et la fac de droit ! Et puis si vous êtes déjà trop vieux, trop con et donc fainéant (génération post 68 arde ! ) c'est que vous avez loupé le train, has been, à la remorque de la vieille France droguée à l'herbe et aux protections sociales. Faites des filles et mettez les sur le trottoir - les bidasses et les cadres dopés, surmenés, rasés de frais auront besoin de décompresser un peu de cette lourde tâche sisyphéennes qu'est l'éternel sauvetage de la France. Etre né sous le signe de l'hexagone... Du nettoyage au Karsher à la fiabilisation des listes de demandeurs d'emploi, à la précarité officialisée pour les jeunes ( minoritaires dans un pays de vieux). Je ne vois plus où est l'homme, l'existence, l'intérêt d'une vie là-dedans mais la question est idiote, tout juste bonne à animer une heure de garderie philosophicoïde de facultatisme du ghetto de Finfon-de France-sur-Chômedu-la-Pâpe. les gens sérieux s'occupent de sauver le pays des eaux de la débacle des glaciers en cherchant la fortune par le moyen le plus sûr. le pillage et l'esclavage. J'exagère bien sûr ! Trop noir ! Dépressif ! Drogué ! Défaitiste ! medium_68murs_oser.jpg

 

 

Que chantait pépé ? Le temps des cerises. Et grand pépé ? -- Aux Armes Citoyens !!!! Allez au lit, demain il faudra enrichir le patron.

mardi, 04 avril 2006

Marthe et les barbus (Suite et Fin). Extrait 6

medium_caddie.jpg Résumé : Où Nicklaus poursuit l’exploration de son côté obscur. Fermement décidé à venger son honneur il s'est emparé de Spinetti qui, bien que ficelé comme un saucisson de montagne ne semble guère homme à s'en laisser compter. Qui aura le dernier mot?

 

 

 

Fin des mondanités, Marthe est là, à un mètre à peine, elle a cédé à la curiosité. Sans affolement son regard rebondit de la momie au coffre, du coffre à la momie recroquevillée à terre, avant de s’immobiliser braqué sur mon visage.

- Qu’est-ce que vous faites ?
La question est anodine, mais j’y lis tout le désarroi à venir
- Je me suis dis qu’un petit dîner d’amoureux ça faisait pauvre, j’ai dû insister pour que ce con là accepte l’invitation. Tu ne me reconnais pas ?
- Vous êtes qui ?

La perruque a glissé sur un côté du crâne. J’offre à Marthe mon plus beau sourire.

- Ce n’est pas toi, dis-moi que ça n’est pas toi !

J’exhibe le couteau, habilement l’instrument de la sentence glisse d’une main sur l’autre , la petite loupiote du coffre se reflète en une délicate lueur argentée sur la lame en mouvement. Marthe est immobile.
- Tu as raison, ça n’est pas moi, pas tout à fait moi, Disons que c’est une sorte de moi qui se serait affranchi de ses faiblesses, mon côté rasta psychopathe qui prend le taureau par les cornes tu comprends ?
Visiblement elle s’y refuse. A terre Spinetti qui meurt d’envie de participer à cette conversation s’agite en tous sens. Marthe comme je m’y attendais, ne semble pas paniquer.
- Tu comptes faire quoi exactement avec ce déguisement débile et ton couteau de cuisine ?
- T’impressionner
- Si tu crois que je vais te suivre ! Pauvre malade !
- Si tu ne me suis pas je surine ton chevalier servant. C’est une soirée particulière ma douce, tu devrais être plus attentive et m’écouter. Ici c’est moi qui donne les ordres !
Marthe s’est accroupie auprès de son amant momifié. Elle tarde à prendre la mesure de la situation. D’un geste plein de sollicitude la voilà qui approche la main du pauvre visage bouffi.
- Mon dieu quelle honte ! Didier vous m’entendez ?
- La honte n’est plus au rayon de mes priorités. Tu voulais que je m’endurcisse, c’est réussi. Ne le touche pas ! Elle continue, tripotant maintenant les liens
- Marthe relève toi tout de suite où tu vas finir comme lui ! Ma dernière menace a dû lui paraître crédible, elle se redresse.
- Qu’est-ce que tu comptes faire au juste ? Il a du mal à respirer.
- Je ne suis pas venu ici pour faire des phrases , ce que je vais faire tu le sauras bien assez tôt.

Marthe a reculé d’un bon mètre, son visage perd de sa dureté, passe par une multitude d’expressions contradictoires. Si c’était pour de bon, si Nicklaus ne jouait plus…
- Passe devant, si tu tentes de fuir où s’il te prend l’envie de gueuler, je saigne Spinetti comme un porc !
- T’as complètement pété les plombs !
- C’est à force de fréquenter ta famille j’ai pris le pli.

L’ascension de Spinetti fut pathétique. Marthe s’efforçait tant bien que mal de le soutenir. Je les suivais à bonne distance, contrôlant les alentours, m’avisant de la tranquillité des lieux. Et Spinetti n’en finissait pas de trébucher, à deux reprises il tomba, s’y prenant mal mais ne changea pas de technique pour autant. Aux petits pas il préférait les petits bonds . Et dans le faisceau de ma lampe torche, leurs deux silhouettes mêlées me faisait l’effet d’un animal empâté, à deux têtes, geignant à le nuit noire, atteint d’un curieux syndrome qui le forçait à bondir sans arrêt. Spinetti était pressé, pressé d’en finir peut-être. Cette butte ravinée, décharnée comme un Golgotha dédié au sacrifice des icônes du PAF attirait l’idiot empressé, comme si du sommet il risquait d’y voir plus clair. Marthe, toujours magistrale dans les circonstances exceptionnelles avait décidé de prendre les choses comme elles venaient.medium_1935-murder-by-television-_.jpg

- C’est grave ce que tu es en train de faire André. J’espère qu’au moins tu le réalises.
- Tu ne crois pas si bien dire. Je réalise ! Je provoque l’irruption de la réalité dans un univers en cartons-pâtes ! Non ses paroles raisonnables n’avait pas neutralisé en moi le faiseur de miracle.
- Tu entends Spinetti ! Fils de chien !
Au comble de l’épuisement Spinetti reprenait sa respiration genoux au sol, pénitence de l’idole.
- Tu crois toujours que tout n’est qu’un jeu ?

Nouveau regard de chien battu, incrédule, aveu d’impuissance du grand petit homme. Il ne quitte pas le couteau des yeux. Et je le revois baigné de lumière crue, paradant face à la foule, magnanime et contrôlant tout. La colère monte une fois encore, du pied je le pousse à terre. Marthe, bras croisés attend, n’en finit pas d’attendre.
- Où elles sont les caméras grand chef ? Tes petits remparts, tes vigiles ? Et ta grande gueule ?
- André !

Marthe aimerait tant se rendre utile, apporter les premiers soins, pouponner l’idole déchue. Mais quelque chose semble la retenir d’agir ainsi. C’est la dure loi naturelle enfin, l’instinct de conservation. Je poursuis mon harcèlement de l’otage, du pied et de la voix. Elle ne bouge pas.

- André, écoute moi
- Non.
- Il est encore temps d’arrêter, tu peux t’en tirer à moindre frais.

Une nouvelle poussée et Spinetti sans plus de dignité s’étale dans la boue. Des frais ? elle croit encore qu’il est question d’affaire de boutiquier.
- Je n’ai aucune envie d’arrêter, ça me plait bien ce qui arrive là. Et je te rappelle que je ne réclame rien. J’agis c’est tout.

Dans la seconde j’enfourche le corps vautré de Spinetti. « Ventre à terre maestro ! » de ma main libre j’ai saisi sa tignasse et le couteau glisse sous sa gorge. Ce genre de brisé de nuque doit être terriblement douloureux. J’ai la position du fauve, du méchant des films de mon enfance, avide de scalps et préparant le coup de grâce. La proie est inerte, ne se débat plus. Merde rampante qui voulut se jouer de Nicklaus… « Tu entends Spinetti elle voudrait que je t’épargnes ! Si tu n’avais pas ce bâillon je te ferais bouffer de cette terre pour que tu goûtes une fois à ce monde ci ! »

- Tu ne le feras pas André, je te connais, je sais ce dont tu es capable, tu n’iras pas au bout !!!
- Ne me provoque pas sinon j’accélère le processus ! Et j’aime faire durer… Ca ne t’a pas suffi te céder à ses roucoulades il faut encore que tu le défendes !
- Tu ne le feras pas . Ca n’est pas toi ça !
- Erreur ma belle, le Nicklaus nouveau est arrivé. Et puisque c’est par toi que tout a commencé c’est par toi que tout dégénère. Descends de ton nuage !
- Est-ce que tu sais seulement qui il est !!! Tu juges tu exécutes la sentence…
- Exactement, juge et parti. Je vous ai jugé tous les deux. J’en sais assez. Et puis j’en ai assez entendu…
- Parle avec lui !!!

Idée lumineuse entre toute, elle s’imagine que je vais m’asseoir là et taper la discute avec cette loque humaine. Elle ne manque pas de ressources ma Marthe dans sa jolie robe de soirée. Elle est pieds nus d’ailleurs, elle a du se débarasser de ses escarpins dans l’ascension. Ses petits pieds foulent la terre froide, ses épaules tremblent enfin. Je lâche d’un coup le poids mort qui s’étale face contre terre. J’ai saisi la petite lampe, dans la nuit noire un cône lumineux se braque lentement sur le beau visage de ma douce.

- Tu vois bien que tu ne me connais pas Marthe, tu ne sais pas ce dont je suis capable… et je me contrefous de ce que ce bouffon a à dire. C’est pour toi, rien que pour toi que je fais tout ça.

Elle ne me répond pas, elle sanglote à présent, émue probablement de ce bel instant déchirant de vérité. La lampe dans une main, mon arme dans l’autre j’avance lentement vers elle. On voit mal, hormis le jet pisseux de la lampe, le halo orangé de l’éclairage public en contrebas. Il n’y a que les silhouettes décharnées des arbres, leurs cimes pointant haut sous la nuit du ciel. Et ma douce qui pleure, qui baisse les bras. Il me prend l’envie de la serrer, d’enlacer son petit trognon de corps, de lui souffler dans le coup… je continue, j’avance lentement, je m’approche de la biche apeurée, sans stratagème, mu par cette soudaine émotion qui me submerge. Tenir, rien qu’une fois la boule chaude de son crâne entre mes mains de trappeur. Qu’elle s’abandonne…

medium_gazometre.jpg Dans mon opération millimétrée je n’avais guère envisagé l’éventualité d’un interlude romantique Parce que je me croyais fondamentalement au-dessus de ce genre de faiblesse. Et j’avais vu juste, l’amateurisme est une plaie pour qui pense mener à bien un homicide.
En cette courte minute d’égarement sirupeux, de relâchement d’attention, cette minute dédié aux anges et à leurs manières d’oiseaux castrés. Ma lucidité subit une éclipse, j’oubliais l’élémentaire prudence qui sied aux professionnels. A peine avais-je accompli les quelques pas me séparant de Marthe qu’une masse sombre me percuta dans le dos. Spinetti, sac de chair inerte dans la seconde précédente était parvenu à se redresser à force de contorsions et hors de ma vue, furieux comme une bête blessée à mort, venait de se laisser tomber sur moi de tout son poids. Sous la violence du choc je basculais, immédiatement je cherchais un appui, mais mes jambes se dérobèrent, je heurtais le sol assez lourdement et tandis que nos deux corps se suivant de près dévalaient dans la boue jusqu’à mi-pente, une terrible douleur incendia d’un coup mon pied droit. Spinetti, saucissonné comme il l’était, avait roulé quelques mètres plus bas. Marthe n’ayant rien anticipé s’était contenté dans l’urgence d’éviter la trajectoire de nos deux corps. Alors que l’ennemi s’était relevé déjà, une inflammation monumentale me paralysait la cheville, je ne pus que constater dépité que mes deux mains étaient vides. La silhouette d’un kangourou filiforme et muet s’approchait bondissante de ma triste dépouille maculée de boue. L’œil sur l’apparition fantomatique je palpais le sol alentours, rien, nerveusement à quatre pattes je recommençais, j’insistais… Spinetti se laissa choir de tout son poids. Et dans la nuit opaque ce fut un artifice de lumière vive, je poussais un hurlement de terreur, le monstre froid jouait des coudes, usait de sa tête comme d’un bélier. Il fallut toute ma hargne pour me dégager de sa haine.
Je me relevais enfin, boitillant à mon tour, reculant d’un saut hors de portée de l’hirsute devenu fou. Spinetti revenait à la charge, infatigable. C’était donc là sa dernière volonté de condamné : ne pas crever trop vite, pas avant le dernier baroud d’honneur. « Je t’aurais crevure !!! » J’ai hurlé parce qu’il n’y a que ça à faire, je remonte péniblement jusqu’au sommet de la butte, l’autre me suit mais semble accuser le coup, le chatterton bien serré bloque la circulation sanguine, un peu de morve coule sur le bâillon. « Tu vas crever ! » la douleur est atroce, la trouille me tient au ventre. J’ai oublié Marthe, j’ai négligé la pièce maîtresse…

Le joli filet lumineux de la lampe torche se décline à l’infini. Petits cercles palissant, s’épuisant dans le lointain. Puis d’un coup c’est là, en plein visage, ébloui je baisse les yeux. « Marthe, qu’est-ce que tu fais ? » Elle ne répond pas, tête basse j’essaie de deviner comment elle se tient, l’autre est derrière moi déjà. « Marthe ! Arrête avec cette lampe ! » Elle est là, invisible, ma déesse aux pieds nus, ma subtile indigène en transit sur ce no man’s land. Elle tient tête dignement, fièrement, plus que jamais je sais pourquoi je l’aime. « Marthe, je ne vois rien, je vais venir vers toi… » Toujours pas de réponse, la lumière tremble et derrière ce halo blanc, Marthe s’est enfermé dans un inquiétant mutisme. Je suis pris en tenaille. Spinetti n’en finit plus de me talonner, il a ralenti, attentif à ce qui arrive. J’avance toujours, elle ne fait rien pour m’en empêcher. Je n’ai qu’une idée en tête, dès que j’apercevrai la naissance d’un orteil, dès qu’il s’affichera sur le sol que je scrute à m’en dévisser le globe oculaire, alors je n’aurai qu’à bondir, la contourner et lui arracher la lampe. « Arrêtez-vous tous les deux ! » Elle supplie plus qu’elle ordonne. Ses mots me parviennent comme étranglés. Marthe est en transe, si je pouvais seulement voir ses yeux à cette minute…elle n’en finit pas de frissonner, nous éclaire à tour de rôle de son jet tremblant. Je devine Spinetti immobile sur ma gauche, légèrement en retrait. « Marthe, ça y est, nous sommes calmés, il n’y a plus rien à craindre. Arrête ! J’ai l’impression d’être pris dans les phares d’une voiture ! »

A cet instant, j’ai déjà oublié le couteau, je suis trempé de boue froide, mais par une curieuse alchimie le sang bouillonne dans mes veines, ma peau, ma bouche crachent des mètres cubes de vapeur. J’ai la curieuse sensation de flotter, de contempler tout cela d’une franche hauteur. Trois silhouettes sur un dôme de terre mêlée, piétinée. Trois spectres sont là figés. Je m’élève, je continue de m’élever comme un zeppelin silencieux. Un curieux triangle se forme, à mesure que je décolle, entre ces trois points sombres soudés au sol ; Une nuée blanche enveloppe la scène. C’est si aérien, je n’ai jamais rien vécu de semblable. C’est moi en bas cette ombre, c’est fini, foutu. Tout cela ne me concerne plus. La fatalité qui me pesait, l’angoisse et la rage se sont fait la malle.

Un dixième de seconde et le charme est rompu. Profitant de l’asthénie générale, Spinetti vient de charger à nouveau. Dans un râle il arrive sur moi, le coup de boutoir est énorme, il nous emporte. Marthe ne s’écarte pas cette fois et notre élan la happe au passage. Nos trois corps mêlés basculent comme un paquet. Elle a lâché la lampe torche. C’est un fouillis de membres et de cris. Je tente de me dégager. C’est allé trop vite et ça n’a duré qu’une seconde. Une attaque incisive et foudroyante. Quand j’ouvre les yeux je suis allongé sur le ventre auprès d’eux, Spinetti comme un fait exprès est couché sur Marthe de tout son long. Elle ne bouge plus, ses yeux immenses regardent le ciel, son bras gauche touche mon épaule. Je me redresse sur les coudes, Spinetti semble s’être calmé, définitivement.

Sur le visage de Marthe je vois l’effroi, c’est comme un voile. L’horreur en buée dans ses yeux écarquillés. Ce silence soudain, menaçant et qui dure après les échos embrouillés de la mêlée c’est un silence de mort. * J’avais attendu plusieurs minutes sans doute et rien n’avait bougé. J’avais palpé le dos de Spinetti et rien ne s’était produit. Marthe comme une statue de cire restait immobile malgré la charge de ce corps pesant sur sa poitrine. Je fus le premier à me relever, sans lui demander son avis j’attrapais l’épaule de Spinetti et tentais, non sans mal, de libérer Marthe de ce couvercle. Pour accompagner mon effort elle suivit le basculement sur l’envers, un bras curieusement vissé au ventre du cadavre. Lorsque je l’eus déplacé sur le côté, l’otage s’était lové sur lui-même comme un fœtus. Je dus la gifler pour qu’elle ôte sa main du couteau. La lame avait pénétré jusqu’au manche. Un dard planté dans le bide, Spinetti sans un mot d’adieu avait quitté notre petite fête. Il était mort comme ça d’un coup, dans un dernier sursaut filant s’empaler droit sur un couteau invisible. Marthe avait ramasser le surin sans intentions particulières, sinon celle de m’ôter mon joujou. Et Spinetti n’avait rien trouvé de mieux que de précipiter le drame à son terme. Comment la convaincre que ça n’était pas irréparable ? Elle avait fini par s’asseoir dans l’herbe, sa main droite, la mimine tueuse était ramenée tout contre elle comme un chaton. Les jambes raides, elle fixait devant elle un point quelque part sous le sol. Elle était blême, la bouche entrouverte, une cascade de mèches couleur terre glissait sur sa tempe. Sa robe était souillée de sang ses mirettes asséchées avaient pris la couleur de l’hiver austral. Elle me fit l’effet d’une enfant terrifiée. Comme elle grelottait je déposais ma veste sur ses épaules, et finit par retrouver traînant de-ci de-là ma patte folle ses escarpins à un mètre à peine. Elle avait bleui, comme dans cette histoire de jolie princesse gelée. Et pourtant les tâches, les hématomes, l’odeur du sang, le vacarme hasardeux de cette mort, tout cela ne suffisait pas à la salir. Ma Marthe resterait aussi blanche que les neiges de l’arctique.
Alors j’avais nettoyé, je m’étais occupé du cadavre comme on le fait quand on veut dissimuler des preuves. Je l’avais descendu, péniblement traîné sur une bonne centaine de mètres, en me retenant de gémir. Il y avait une mare d’eau croupie en lisière du parc, à l’endroit précis où apparaissait la longue frise de HLM, barre de béton d’un autre Montreuil. C’était mon premier cadavre, le premier que je voyais. Et si je m’étais toujours imaginé que rien n’était plus inexpressif et immobile qu’un mort, cette petite manipulation me prouva qu’en vérité la mort avant d’être effrayante avait un poids. Je' m'épuisais lentement au fil de la transhumance de Spinetti vers son caveau marin. Avant de pousser Spinetti dans l’eau saumurée, couverte de plaques d’huiles, je le débarrassais de sa petite chaussette en boule, sa bouche resta ridiculement ouverte. Je notais la présence d’une foultitude d’objets, un caddie, des emballages, flacons, récipients, sacs plastiques, en somme tout un inventaire de rebut, une dispersion d’offrandes dignes du héros moderne. Il y avait les fosses communes, les caveaux, les tombes individuelles en granit poli, les urnes funéraires… et dorénavant il y aurait ajouté à la liste : la mare d’eau croupie, tombeau d’une vedette rappelée trop tôt au paradis bigarré des icônes. Mais artisan de sa propre perte au fond et c’est d’ailleurs cette constatation cynique qui m’avait donné la force de le traîner jusque là. Justice avait été faite, à force de flatter les bas instincts, les plus vils esentiments en chacun de nous, Spinetti avait fini victime de son propre jeu.
Le cadavre venait de tourner sur lui-même, modifiant d’un coup sa ligne de flottaison. Avant de le pousser dans le grand bain j’avais récupéré mon couteau de chasse sanguinolent. Rien n’était foncièrement changé dans le plan. J’allais expédié la lettre de revendication comme prévue, prendre les choses à mon compte. C’était mon idée après tout, Marthe ne méritait pas de subir les conséquences de son acte, ni d’ailleurs de s’attribuer tous les mérites de la mort de Spinetti. Je serrais le manche de toute mes forces et quand il me parut clair que mes empreintes s’étaient incrustées sur la pièce à conviction je la déposais à mes pieds. Quelque chose bougea dans mon dos. Marthe était sortie de sa torpeur, elle fixait comme moi l’étonnant résultat de la soirée et semblait éprouver toutes les difficultés du monde à réaliser. Boitillant discrètement je m’approchais d’elle ; Marthe ne cila pas. Elle gardait les yeux sur l’onde, sur les eaux troublées en bord de mare. Et le grand fond blanc où tenaient ses pupilles exprimait dans sa rondeur absolu tout l’effroi de son corps. Elle tenait debout à la force simple de sa colonne raidie, fichée dans le sol. Dans l’axe, le cadavre flottait sur le ventre, dos bombé comme une poche prête à crever et sa veste gonflée d’eau stagnante ajoutait au sordide une once supplémentaire de réalisme aquatique. Didier Spinetti tutoyait les herbes, le nez dans les grandes feuilles battues par un léger courant d’entre deux eaux. Et pour tout pied de nez au destin s’était contenté d’exposer son séant face au ciel. Je dus forcer Marthe à détourner le regard de la scène, comme éprouvant de la peine à s’en convaincre elle répétait la même phrase en boucle, notre joli refrain de noël : « il est mort, il est mort etc. » « Tu n’y es pour rien Marthe, il faudra oublier tout ce qui s’est passé ce soir et ce ne sera pas facile » Autant la convaincre directement qu’elle avait fait un mauvais rêve, qu’elle avait tout imaginé.
Pour me signifier peut-être qu’elle approuvait Marthe fit disparaître sa main droite tâchée de sang dans une poche. Voici notre couple reformé, voilà enfin le temps béni de la réconciliation. Marthe ne rechigne pas, je l’enlace délicatement. Non elle n’a plus rien à craindre. Tétanisé, son doux visage labouré de pleurs, elle accueille mon amour, ma bienveillance comme la seule chose solide sur cette terre. La récompense enfin, la récompense après le chaos. Imaginez le Che et Hilda quelques minutes à peine après avoir repoussé le débarquement dans la baie des cochons. Imaginez soigneusement ce que ce genre de bonheur peut avoir de divin et vous serez encore en deçà de la vérité, du parfait sentiment de plénitude que je ressentais à cette exacte seconde. Si elle ne m’avait soudainement repoussé, je crois que je serais allé au bout de cette jouissance en l’honorant sauvagement debout sur ma seule jambe valide, tel un héron érotisé à son contact, un œil sur la dérive du cadavre, l’autre sur le tapis d’étoile, la pyrotechnie nouvelle de la voûte céleste. « C’est moi qui l’ai tué ma douce. Tu n’étais pas là. Je ne laisserai personne te salir. » Marthe subtilement se détourne, puis après quelques secondes d’une infinie douceur choisit de croiser mon regard de nouveau. Ses yeux rencontrent les miens. Marthe me sourit.

dimanche, 19 mars 2006

Fin prochaine de l'interruption d'émission

Ouep c'était long, un coma de 2 mois entre clinique et missions de nuit. Le temps de relever le museau, et j'entends que les jeunes se sont réveillés, qu'il se passe quelque chose. Un frémissement, une onde, précarité, précarité, enfin on va parler de ce qui arrive vraiment. Les CNE, les CPE, la tentative d'aligner tout le monde par le bas ne passe pas, depuis des années que les intérimaires vivent au quotidien la flexibilité, l'indépendance libérale, libres comme l'air, virés d'une semaine sur l'autre, ballotés, confis, m